Manivelle // Interview Lionel Grenier

Par Sylvain PERRET • 28 fév 2011 • Categorie: DossiersContacter l'auteur

Récemment, la revue Manivelle a sorti son troisième numéro. Ce trimestriel monté par une équipe de passionnés rappelle par certains aspects l’âge d’or du fanzinat. Des articles pointus, sans pour autant de lien direct avec l’actualité (le numéro 3 affiche The Thing de Carpenter, et propose un dossier comparatif entre la version originale de Howard Hawks), mais que l’on ne s’y trompe pas. Manivelle est une revue professionnelle, et n’a gardé aucune trace d’un amateurisme qui pouvait parfois toucher ses homologues : mise en page claire, sortie régulière, les articles n’affichent pas de fautes d’orthographes ou de grammaire, une ligne éditoriale ne se limitant pas à un seule genre, etc…

Souhaitons-leur donc longue vie, et en attendant le quatrième numéro, Lionel Grenier, son rédacteur en chef, a accepté de nous présenter Manivelle dans l’interview ci-dessous.

  • Pouvez-vous présenter votre parcours qui vous a mené à l’envie de créer Manivelle.

A onze ans, je découvre Massacre à la tronçonneuse… Les films d’horreur s’enchaînent et je m’aperçois que les films que j’aime sont souvent réalisés par les mêmes personnes : John Carpenter, Tobe Hooper, Lucio Fulci et bien d’autres encore. Puis, vers quinze ans, je m’ouvre aux œuvres de Jean Vigo, Leos Carax, Orson Welles.

Trois ans plus tard, en suivant des cours de cinéma, deux professeurs m’éveillent au plaisir de partager les émotions que peuvent provoquer un film. En 2006, je publie un livre sur Leos Carax. Début 2007, j’intègre cinetudes.com pour qui j’écris sur Stallone, Carax et Clive Barker. A la fin de cette même année, je crée luciofulci.fr, le premier site francophone entièrement consacré au cinéaste italien. J’écris ensuite pour divers fanzines de genre et, en 2009, je participe au livre Lucio Fulci – le poète du macabre, publié chez Bazaar&Co.

On ne me propose plus d’écrire sur autre chose que le cinéma d’horreur, je décide donc de créer Manivelle.

  • Comment définiriez-vous la revue ? Quelle est sa ligne éditoriale ?

Nous espérons faire une revue pointue dans les sujets mais accessible au plus grand nombre sur la forme. La lignée éditoriale ? Le sous-titre l’explique bien : « les auteurs du cinéma » et non les films d’auteur. Nous souhaitons parler des cinéastes qui nous émeuvent en montrant leurs obsessions, et ce, sans distinction entre « films de genre » et ce qu’on appelle « films d’auteur ». Maintenant, on ne parle pas de Godard comme on parle de Fulci, par exemple, car ils évoluent dans des systèmes économiques très différents avec des contraintes radicalement différentes. Oublier cela serait aussi une grave erreur, selon nous. Nous souhaitons aussi donner la parole à des scénaristes, des producteurs ou des directeurs photo car un film ne se fait pas seul.

Manivelle // La couverture numéro 1

  • Depuis la création d’1Kult, nous nous battons ici contre l’appellation « blog » au profit de celui de « webzine », donc ne prenez pas à mal ma question, mais Manivelle possède certains aspects comparables à un fanzine, ce qui n’est évidemment pas péjoratif, bien au-delà. Je pense par exemple à sa couverture comparant la chose d’un autre monde de Hawks et à son remake signé Carpenter, qui est moins vendeur dans l’esprit du grand public qu’une couverture sur un film qui fait l’actualité. Voulez-vous réagir dessus ?

La réponse risque d’être longue ! Pour nous non plus, le mot « fanzine » n’est pas péjoratif ; un fanzine est fabriqué par des passionnés (enfin, normalement) et une telle démarche ne peut être dénigrée pour une quelconque raison. Nous sommes aussi des passionnés !

Ceci étant dit, Manivelle n’est pas un fanzine car la revue est inscrite à la BNF, a un dépôt légal et a obtenu un numéro ISSN. Elle est enregistrée en tant que trimestriel et, par conséquent, nous devons livrer 4 numéros par an à des dates précises. Or l’essence même du fanzine est la « clandestinité »… Après, on peut parler du contenu mais on trouvera toujours un exemple de fanzine contredisant tel ou tel point. Je pense notamment sur le style d’écriture.

Ce que je peux dire, c’est que Manivelle est portée par une équipe où chacun a un poste bien précis. Nous avons donc un rédacteur en chef, un secrétaire de rédaction, un correcteur, une infographiste, etc., etc.

Concernant la couverture, c’est étrange… Quand Positif met Diary of the Dead de Romero en couverture, la revue devient-elle un fanzine pour autant ? Je ne le pense pas et certains films de John Carpenter sont même sortis en DVD dans une belle collection estampillée Cahiers du cinéma. Manivelle est un trimestriel et ne suit donc pas forcément l’actualité (internet et les mensuels sont là pour ça). En tout cas, pas directement. Par exemple, en ce moment, on commence à parler de The Ward, le nouveau Carpenter, et du film se situant avant The Thing… Nous avons aussi fait ce choix car notre texte s’inscrit dans une nouvelle rubrique sur les remakes et ceux-ci font également l’objet de notre édito.

  • Oui, mais quand Positif choisit en couverture le film de Romero, il s’agit d’un choix en accord avec l’actualité…

Encore une fois, si nous étions un mensuel, nous serions obligés de suivre l’actualité ; ce n’est pas notre cas pour diverses raisons. Prenez la revue Split Screen (qui n’existe plus). C’était un trimestriel et quand ils ont mis en couverture un dossier sur les polars italiens et japonais des années 70, aucune actualité ne justifiait ce choix. Il s’agissait pourtant d’une revue vendue en kiosque.

  • Comment fait-on pour monter une revue en 2010, avec les nouveaux médias (Internet, smartphone, tablettes, etc) ? Je pense notamment à la diffusion de ses revues.

Tout d’abord, créer une revue papier n’est pas un signe d’archaïsme comme j’ai pu l’entendre. Je dirais même que c’est Internet qui a rendu possible la création de Manivelle. Nous pouvons ainsi exister médiatiquement à moindre coût et cela facilite aussi le bouche à oreille.

Manivelle // La couverture numéro 2

  • Quelles sont vos influences, vos modèles en terme de presse cinématographique ? Et est-ce que l’e-presse peut être un concurrent dans le futur ?

L’e-presse… Je ne sais pas. Les web-télés ont-elles tué la télévision telle que nous l’avons toujours connue ? Je ne le crois pas. J’ai écrit des articles assez longs pour un webzine il y quelques années et je sais que les gens imprimaient les textes pour les lire car l’écran d’un ordinateur fatigue les yeux. Et puis, une revue papier, on peut la lire plus facilement ; pas besoin d’ouvrir son ordinateur, etc… Quant à nos influences, il est difficile de répondre clairement.

D’abord parce que nous sommes des personnalités diverses. Personnellement, je ne suis abonné à aucune revue. J’achète en fonction des sujets, des interviews ou des rédacteurs. Mais créer Manivelle ne veut pas dire que nous déconsidérons tout ce qui se fait à côté. Il faut se méfier des revues qui s’autoproclament les plus indépendantes, les plus subversives, les plus je ne sais quoi. Nous, nous nous positionnons par rapport au cinéma que nous aimons.

  • Déjà le troisième numéro. Pouvez-vous nous parler des évolutions qu’il y a eu entre les deux premiers pour aboutir ce troisième opus ?

La rédaction s’est stabilisée même si j’ai eu la chance d’avoir des rédacteurs solides dès le début. Après, il y a toujours des erreurs de casting mais aujourd’hui, les rédacteurs ont bien intégré le style de textes que je cherche. David, Julien, Adrien, Guillaume et Thomas forment vraiment une équipe agréable et efficace. Il y aura sûrement deux ou trois autres personnes qui se joindront à nous. Je pense que nous avons bien installé nos rubriques, leurs tailles et leurs tons. Vanessa, notre infographiste, a aussi fait du bon travail en améliorant chaque numéro. Mais bon, le prochain sera encore meilleur !

  • Quels sont les moments forts de ce dernier numéro ?

Je pense que l’entretien que nous a accordé Jean-François Fonlupt peut intéresser pas mal de monde. Il a produit quatre Palmes d’or, Lynch, Almodovar, Kusturica ou encore Wenders… Un monsieur important donc ! Et puis un dossier de huit pages sur Monte Hellman, je ne pense pas que vous pourrez trouver ça ailleurs que dans Manivelle. L’article de Guillaume sur les deux versions de The Thing représente pour moi le genre de textes que j’aimerais lire dans une revue.

  • Pouvez-vous nous parler du quatrième numéro ? Quand sortira-t-il ?

Il sortira en mars mais nous travaillons déjà dessus. Il n’y aura pas de long entretien mais des petites interviews. Un des dossiers sera consacré à Murnau et un autre à un cinéaste qu’on a souvent comparé à Stanley Kubrick. Scorsese devrait aussi avoir quelques pages…

Manivelle // La couverture numéro 3

Le myspace avec les points de vente : http://www.myspace.com/manivelle
le lien direct vers les numéros sur sinart : http://www.sinart.asso.fr/recherche/manivelle/
Merci à Lionel Grenier et à l’équipe de Manivelle.

Lionel

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  1. [...] Grenier, rédacteur en chef du magazine Manivelle (hautement recommandable), et dont vous pouvez lire une interview ici, viendra nous présenter les films. Animations, Cadeaux et Surprises sont au programme [...]

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