Traitement de choc (Alain Jessua)

Par Sylvain PERRET • 1 mar 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Hélène Masson, une célibataire de 39 ans, décide après avoir été quitté par son mari d’aller se reposer dans l’institut de thalassothérapie du docteur Devilers. Cet établissement pour personnes fortunées semble avoir des vertus rajeunissantes, mais semble cacher une bien étrange vérité…

Traitement de choc // L'Affiche

Alain Jessua est un réalisateur un peu mésestimé dans le patrimoine cinématographique hexagonal, que nous essayons de remettre modestement en lumière via notre rubrique sur le Cinéma de Tonton (où est déjà incluse la critique de son premier film La Vie à l’envers).

Sa filmographie est composée de films de genre auxquels il adjoint à chaque fois certaines velléités, souvent politiques. François Guérif livre une belle définition du metteur en scène :

Il a toujours choisi des sujets importants. L’influence des médias sur la vie réelle (Jeu de massacre), l’exploitation vitale des pauvres par les riches (Traitement de choc), la solitude qui pousse un homme à tuer pour se faire entendre (Armaguedon), la folie de l’autodéfense (Les Chiens). Au lieu de lui savoir gré d’avoir de l’ambition, on lui a reproché de n’avoir pas traité ses sujets à fond. Pourtant, c’est probablement son honnêteté fondamentale qui l’a empêché de trouver le vrai succès populaire. Car, même dans ses échecs, Jessua fait un travail intéressant et démontre qu’il est un auteur.

François Guérif,

Le Cinéma policier français, 1983, page 196

Ici, il décide de réunir le duo de Rocco et ses frères en torturant quelque peu les emplois de ces deux comédiens. Alain Delon, dont le public ne retient aujourd’hui que deux pans de carrière (les classiques et les déclarations mégalomanes), a à son actif de nombreuses tentatives où il s’est lui-même mis en danger en écorchant à plusieurs reprises son image de jeune premier séducteur. Ici, il interprète un docteur machiavélique et ensorceleur qui distribue la beauté éternelle autour de lui.

Face à ce rôle à contre-emploi, Annie Girardot n’hésite pas non plus à faire ce que peu d’actrices font, c’est-à-dire mettre en avant son âge. Ce tournant est difficile dans la vie d’une actrice que les spectateurs ont connu au faîte de sa jeunesse. Robert Hirsch et Michel Duchaussoy (déjà présent dans le précédent film de Jessua, Jeu de massacre) complètent le casting tout en finesse.

Traitement de choc // Photo d'exploitation 1

Delon et Girardot constituent une des grandes réussites de Traitement de choc, le casting étant en total accord avec sa thématique du refus de la vieillesse. Il n’est donc pas étonnant alors de voir les deux personnages se mettre à nu littéralement durant une séquence charnière du film.

Je me suis trouvé dans la situation d’Annie Girardot. J’ai pris quelques vacances dans une maison de repos en Bretagne. Au bout de quatre jours, j’en avais assez. J’ai laissé aller mon imagination et je me suis dit que ce serait marrant de tourner un film dans un institut de ce genre.

Alain Jessua

Autour de cette thématique, Alain Jessua décide de développer un sous-texte fantastique et politique. Proche des préoccupations de l’époque, il décrit une bourgeoisie rêvant d’immortalité en dépit de toute morale (autre lecture possible de la séquence décrite ci-dessus), et n’hésite pas à peindre cette société comme insouciante et immature.

La mise en scène, tout en finesse, est au service des interprètes, préférant s’effacer en apparence pour laisser place à de longues séquences. Certes, il faut bien avouer que la narration, quoique bien rythmée, se déroule avec efficacité mais sans grande surprise. Le scénario laisse deviner son twist bien avant, ce qui a tendance à diminuer quelque peu l’effet de certaines révélations.

Traitement de choc // Photo d'exploitation 2

Cela n’empêche pas la réussite du film, plus intéressant qu’on n’a pu le lire ici et là. Ce petit bémol mis entre parenthèses, Traitement de choc, par sa radiographie d’une société obsédée par le jeunisme, demeure malgré tout une œuvre passionnante, qui se doit d’être redécouverte aujourd’hui par ses résonances avec notre époque, ainsi que pour la performance à fleur de peau de ses comédiens.

Précisons que Alain Delon interprètera le film suivant de Alain Jessua, Armaguedon, où une fois encore il est question de l’importance de l’apparence dans notre société.

Traitement de choc // Le DVD

Ce film de vampires moderne est disponible en DVD dans une édition minimaliste (aucun bonus) mais à petit prix au sein d’une collection Alain Delon chez Studio Canal.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Traitement de choc
RÉALISATEUR : Alain jessua

ANNÉE : 1973 | PAYS : France | GENRE : Science fiction

RUBRIQUES TRANSVERSALES : Cinéma de Tonton

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Enfin 3 commentaires. Et vous ? »

  1. On sait maintenant que la scène où Delon brutalise Girardot n’était pas simulée, que le comédien avait voulu la punir — par « amitié » pour Renato Salvatori — d’avoir une relation avec Bernard Fresson*. Bien craignos !

    * source : Un jour : Un destin (France 2)

  2. Du coup je comprends mieux cette déclaration de Girardot à propos du tournage, pas incluse dans l’article car aucune source fiable :

    Annie Girardot s’identifie tellement au personnage qu’elle finit par avoir peur. Elle avoue avoir eu « la frousse de sa vie » et déclare quelques années plus tard : « j’avais la nausée, les guiboles qui tremblaient en permanence. j’ai achevé le tournage aussi surmenée que mon personnage. » (source : amazon.fr ! )

    Donc à prendre avec des pincettes même si les dires du Commissaire expliquent mieux cette probable déclaration.

  3. [...] dépassé le stade des 100 critiques en début de semaine, certes d’une bien triste façon (Traitement de Choc de Alain Jessua en hommage à Annie Girardot). Pour l’occasion, nous voulions fêter l’évènement [...]

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