Les Nuits rouges du bourreau de jade (Carbon & Courtiaud)
Par Sylvain PERRET • 6 mai 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurLa vengeance d’une voleuse trahie et laissée pour morte.

Il y a des films que nous suivons depuis quelques années, et dont le projet possède suffisamment d’arguments sur le papier pour attiser notre curiosité. Nous n’avons jamais caché notre admiration pour la revue HK Extrême Orient où les deux réalisateurs de ce film ont fait leurs armes en défendant un cinéma aujourd’hui popularisé et mieux connu.
Julien Carbon et Laurent Courtiaud, qui signent ici leur première oeuvre, en plus d’être de formidables plumes, s’installent à Hong Kong pour travailler sur des projets avec Tsui Hark et Johnnie To, puis montent leur société de production et nous offrent Les Nuits rouges du bourreau de jade, film protéiforme et multiréférenciel.
Les deux acolytes n’avaient plus rien à prouver en tant que journalistes et scénaristes, il en est de même en tant que cinéastes dorénavant grâce à ce passage réussi derrière la caméra.Le danger qui les guettait était de ne faire en fait de film qu’une accumulation de références, la cinéphilie des deux hommes n’étant plus à faire. Or, non seulement celles-ci savent se faire relativement discrètes et en arrière plan, et ce sans jamais paraître artificielles, mais elles se refusent également à prendre le pas sur le récit.

De plus, elles ne se situent pas là où on pouvait le croire. En plus du cinéma hongkongais, le film se réfère au cinéma japonais dans de sublimes et troublantes séquences de bondage, au cinéma italien pour le goût du baroque qu’affectionnent tant Mario Bava et Dario Argento. Plane aussi sur l’œuvre l’ombre de Jean-Pierre Melville, et tant d’autres…
Il aurait été facile et maladroit d’aligner les coups de coude au spectateur, et Carbon et Courtiaud ne tombent pas dans le piège pourtant répandu aujourd’hui du film post-moderne, reproduisant un ensemble d’images plus ou moins iconiques sans en créer véritablement une seule.
Si l’on devait donner un titre alternatif à ces Nuits rouges…, ce serait « La Classe à la hongkaise ». Au-delà du soin apporté à l’aspect graphique du film, les cinéastes retravaillent les influences d’une manière qui rappelle La Classe à l’américaine, détournement culte de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, certes dans un genre totalement différent. Il est en effet ici question non seulement de reprendre ou reproduire des images, mais de les réinterpréter afin de leur donner une autre saveur.
L’idée de Carbon et Courtiaud n’est évidemment pas d’inclure dans le film tout et n’importe quoi, mais plutôt de se nourrir de leurs passions pour faire avancer au mieux un récit atypique.
Dès les premiers instants, d’une intensité incroyable où Carrie (Carrie Ng, qui signe ici un retour remarqué) torture sa victime en utilisant des accessoires sado-masochistes, provoquant le plaisir personnel et la fascination du spectateur. Rarement le cinéma avait offert un tel personnage, et il est certain que Carrie, probablement une des plus grandes garces du cinéma de ces 30 dernières années, est pour beaucoup dans la réussite des Nuits rouges du bourreau de jade.

Face à celle-ci, Frédérique Bel (La Minute blonde) interprète une jeune voleuse cherchant à revendre une statue dérobée à son ancien amant qu’elle a elle-même éliminé. Baladée de bout en bout, traversant les ruelles de Hong Kong comme autant de tableaux magnifiques, elle n’est autre que le spectateur perdu et fasciné, à la fois témoin admiratif et terrorisé des délires de Carrie.
Soyons honnêtes, il faut avouer que le casting français ne semble pas très à l’aise dans cette production. Le jeu est parfois poussif, et même si cela ne nuit pas énormément au film, ce handicap sera la première critique qui sera faite à ces Nuits rouges… Qu’importe, l’œuvre précieuse reste là, toujours aussi étrange, et à imaginer comme un cauchemar érotisé et fétichisé par deux amoureux de femmes, du sexe et des plaisirs qui s’en suivent, bercé par la bande-son hypnotisante du duo Seppuku Paradigm. Les Nuits rouges du bourreau de jade se déguste avec un bon cigare, un whisky et un plaisir non feint, pour peu que vous acceptiez de faire confiance aux deux maîtres des lieux.
En attendant de découvrir au plus vite leur nouveau projet (Quinze jours ailleurs, bientôt en tournage), il vous est possible de découvrir dès à présent le film en salle.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : Les Nuits Rouges du bourreau de Jade
RÉALISATEUR : Laurent Courtiaud et Julien CarbonANNÉE : 2010 | PAYS : France – HK | GENRE : Polar onirique

je trouve que leur bidule SM genre, ”ma grand-mère met sous-vide ses haricots pour les mettre dans le congelo” un peu trop présent dans la bande-annonce. Cela fait un peu trop ”voyez voyez, ce truc dément qu’on a trouvé…”
Sur l’idée je note l’intention, ensuite…
ps. je ne parle ici que de la BA. Je ne me permet pas de donner un avis sur le métrage en lui-même que je n’ai pas vu. (je pense qu’il était important de la préciser par respect pour le travail des réalisateurs)