Long Weekend (Colin Eggleston)

Par Sylvain PERRET • 6 mai 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Peter et Marcia, un couple qui bat de l’aile, partent camper pour tenter de retrouver la flamme de leur début. Mais ce long weekend se révèle pour le moins étrange…

Long Weekend // Affiche

Il arrive parfois que de petits miracles cinématographiques traversant les courants et les modes du moment fassent apparaître des perles inclassables et atypiques. Long Weekend, réalisé par Colin Eggleston en pleine vague du cinéma australien (ou ozploitation) fait partie de ces œuvres qui dépassent leur statut de film d’exploitation pour glisser du côté des petits chefs d’œuvres universels que le temps n’a pas écorché.

Dès les premières minutes, il est aisé de comprendre que l’argument fantastique ne sera que secondaire. L »introduction contemplative d’une plage est brisée au bout de quelques instants pour une plongée dans l’univers urbain d’une métropole. Déjà, la rupture de ton met en lumière la thématique principale qui planera sur tout le film, à savoir la dichotomie ambiante constante.

Cette dichotomie se fera tant entre le monde urbain et la nature, qu’entre Peter et Marcia, alors en pleine crise de couple. Ce n’est pas un hasard si après un montage parallèle nous présentant ces deux protagonistes, la réunion cinématographique se fera non seulement sur deux espaces distincts (l’un à l’extérieur, l’autre dans un appartement au premier étage), mais surtout à travers la lunette d’un fusil. Ce périple aura pour but de reconstruire les relations du couple, mais les effets en seront diamétralement opposés.

Long Weekend est une sorte de huis clos étouffant dans un univers paradisiaque que la main humaine vient salir et polluer. Colin Eggleston ne cède jamais à l’effet facile pour appuyer une idée, et il faut saluer le scénario sans faille forgé au millimètre de Everett de Roche (à qui l’on doit Razorback, Patrick, Link ou encore Harlequin).

Long Weekend // Photo 1

L’univers de plus en plus oppressant est d’ailleurs mis en place par quantité de petits détails d’abord insignifiants, qui trouveront des échos plus tard. Bercé par un rythme méditatif, Long Weekend oscille entre le drame d’un couple et le pur film de terreur, dont les trois personnages principaux seraient Peter, Marcia et la nature elle-même. Interprétés avec justesse par John Hargreaves et Briony Behets, les deux époux ne cessent de se provoquer, rendant le surnaturel moins perceptible à leurs yeux durant la première moitié du film.

Un son étrange, une forme dans l’eau ou encore un égarement nocturne en pleine forêt deviennent alors un objet de raillerie ou de mépris de la part du conjoint. Impossible de ne pas penser devant le film à la pièce Huis clos de Jean-Paul Sartre. La fameuse maxime « L’Enfer, c’est les autres » de l’auteur de La Nausée résume parfaitement bien l’œuvre de Colin Eggleston. Dans les deux cas, le spectateur est déstabilisé, car dans l’impossibilité de s’identifier à quiconque durant le récit.

En effet, le point de vue donne raison tantôt à Peter, tentant de retrouver la flamme des premiers temps, tantôt à Marcia, brimée par son mari et n’arrivant pas à retrouver du plaisir suite à un drame passé (voir la séquence de masturbation).

La grande force de Long Weekend est de ne pas céder à l’explication didactique, mais plutôt de parsemer le film d’indices et de sous-entendus durant tout ce voyage initiatique. Ce point est d’autant plus important qu’il est mis en valeur par l’immersion des deux anti-héros dans l’univers fantastique.

Petit à petit, la nature tisse alors sa vengeance pour finir par prendre au piège le couple qui ne trouvera décidément pas la sérénité durant ce long weekend. Impossible de dire à quel moment le récit sombre dans l’irrationnel. Mais inexorablement, à l’image du cadavre de l’éléphant de mer qui continue d’avancer vers sa proie, l’étau se resserrera pour faire finalement de ces deux anti-héros le véritable gibier de cette traque invisible.

On peut s’intérroger sur la véritable paternité de la réussite que constitue Long Weekend. En effet, même s’il est indéniable que la mise en scène n’interfère jamais inutilement dans la narration, il est tout de même un peu regrettable que le film ne transcende pas ses immenses qualités scénaristiques.

Malgré cela, la réalisation, bien qu’académique et dans l’ombre du travail de Everett de Roche, n’a rien de honteux. Saluons pour finir la bande originale de Michael Carlos, étouffante et précise, qui apporte beaucoup à l’atmosphère pesante du film.

Finissons en précisant qu’un remake est sorti en 2008 mis en scène par Jamie Blanks (Urban Legend, Mortelle Saint Valentin), qui se contente de reproduire à l’identique le film original.

Long Weekend est donc un très grand film qui manque peut-être d’un réel point de vue de metteur en scène pour devenir un immense chef d’œuvre. En l’état, le film de Colin Eggleston reste un grand film précieux et rare dont nous ne saurons que trop vous conseiller de le découvrir au plus vite.

Long Weekend // jaquette DVD

Le film est inédit chez nous en DVD. Pour l’édition de référence, il faut se tourner vers les USA et le splendide DVD Synapse, qui nous offre un beau master 16/9 au format 2.35 d’origine et une multitude de bonus. Seul bémol, aucun sous-titrage, ni doublage dans notre langue ne nous permet de bien apprécier cette perle du cinéma australien.

Long Weekend a aussi été diffusé lors du festival Hallucinations Collectives de Lyon en 2011 dans un cycle consacré au cinéma australien.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Long Weekend
RÉALISATEUR : Colin Eggleston

ANNÉE : 1977 | PAYS : Australie | GENRE : Fantastique

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Un commentaire seulement ! »

  1. [...] Fantastique et forêt composent souvent des ballades mémorables. De cette association naît le frisson et l’horreur (Carnage et tout un pan du slasher), ou bien le voyage initiatique et poétique (Innocence). L’occasion de revenir sur quelques randonnées mortelles au travers de classiques tels que Evil Dead et La Baie sanglante, ou au travers de perles oubliées comme Long week-end. [...]

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