My Little princess (Eva Ionesco)
Par Sylvain PERRET • 27 mai 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurVioletta, jeune fille d’une dizaine d’années, accepte de devenir modèle pour sa mère Hannah, artiste photographe insaisissable et excentrique. En attente de reconnaissance de sa mère, Violetta va petit à petit se retrouver à aller de plus en plus loin…

Eva Ionesco, qui signe ici sa première réalisation de long métrage avec My Little princess, est une actrice reconnue à la carrière déjà conséquente, qui commença sous le signe de la transgression. Nous avons pu la voir très jeune dans Le Locataire de Roman Polanski, mais ensuite, elle apparaît dans Spermula de Charles Matton. Un an plus tard, elle joue dans le très sulfureux Jeux interdits de l’adolescence de Pier Giuseppe Murgia, où les relations sexuelles de l’actrice âgée d’à peine plus d’une dizaine d’années sont montrées de manière érotique. Ainsi était lancée la face la plus scabreuse de toute l’histoire du cinéma : la teensploitation (dont les définitions divergent).
Le début de carrière de cette actrice, née dans la seconde partie des années 60, commence en réalité bien avant ces premiers films. Fille de la photographe Irina Ionesco, elle pose à de nombreuses reprises dans des positions suggestives et lascives dès l’âge de quatre ans. Ces photographies déclenchent même en plein cœur de l’après mai 68 une forte polémique.
My Little princess est donc clairement un film autobiographique, où Eva Ionesco tente à travers la réalisation de raconter ses traumatismes d’enfance. Nous suivons donc son histoire et les rapports que la réalisatrice a pu avoir avec sa mère. La psychologie de cette dernière est assez fascinante dans un premier temps. Interprétée avec justesse par Isabelle Huppert, la photographe manipule sa fille sans que nous sachions clairement si cela est conscient ou non.

Quant au personnage principal, que joue la jeune Anamaria Vartolomei (dix ans), il commence par une totale admiration envers sa mère, avant de confronter sa recherche d’amour maternel à ses craintes face aux situations de plus en plus transgressives que sa mère lui fait vivre. Violetta, en passant de statut d’enfant à celui d’adulte, nous conte en réalité un récit initiatique oedipien, où il faudra « tuer la mère ».
Malheureusement, la narration est parfois un peu maladroite. Même si la réalisatrice a tenu à ne pas prendre parti et a tenté de rester neutre dans ce récit, la seconde partie du film est de fait assez répétitive, handicapant quelque peu la narration. Les trente dernières minutes sont donc parfois un peu malaisantes pour le spectateur un peu perdu, où Violetta hurle des insanités à répétition.
Malgré ce problème de rythme, on se prend à suivre cette plongée infernale de la jeune fille que Eva Ionesco arrive à capter avec une certaine pudeur. En effet, il n’était pas question de représenter la jeune actrice dans des poses trop lascives et suggestives. L’érotisation arrive à être suffisamment claire sans opter pour une pudeur trop sage ou à l’inverse une vulgarité malsaine.

Le parfum sulfureux de cette représentation possède quelques points forts, notamment dans sa diégèse parfois merveilleuse dans le sens premier du terme. Les costumes fantasques, la musique de Bertrand Burgalat, les séquences de photos troublantes, la couronne de Violetta, tout le film baigne dans un léger univers féérique assez pertinent.
De plus, il est assez intéressant de noter la mise en abyme où, de nombreuses années après avoir été mise en scène par sa mère, Eva Ionesco reproduit ces séances de photographies en dirigeant à son tour les deux personnages.
Ironie de l’histoire, lors de la séance de projection du film à la Semaine de la critique, la réalisatrice s’est vue vilipendée par plusieurs spectateurs pour ces séquences, qui ne cèdent pourtant jamais à la gratuité ou à la complaisance. Après avoir été projeté à Cannes, My Little princess sortira le 29 juin 2011 au cinéma.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : My Little princess
RÉALISATEUR : Eva IonescoANNÉE : 2011 | PAYS : France | GENRE : Drame

