Koyaanisqatsi – La Prophétie (Godfrey Reggio)

Par Sylvain PERRET • 17 juin 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Koyaanisqatsi (Ko-yaa-nis-qatsi (tiré de la langue Hopi) : nom. 1. vie folle. 2. vie tumultueuse. 3. vie déséquilibrée. 4. vie se désagrégeant. 5. mode de vie non viable devant être remis en question) : l’avancée de la technologie sur la nature.

Koyaanisqatsi // Affiche

Il est difficile d’appréhender Koyaanisqatsi sans céder à la tentation de multiplier les superlatifs. Pourtant, il faut bien admettre que ce premier volet d’une trilogie sur la vie (rien que ça) est une pièce maîtresse du septième art, qui sera suivie par de nombreuses copies et suites (Baraka en tête, mais aussi Dogora, Chronos, Anima Mundi et bientôt Samsara) plus ou moins liées à l’original. Pourtant, force est de constater que la puissance de la source n’a jamais été que partiellement retrouvée, tant le modèle s’avère puissant et unique.

On m’a demandé de quoi parlait le film, j’ai répondu : « Il parle de la beauté terrifiante, de la beauté terrible, de la beauté de la Bête. » Certains disent que c’est une ode à la technologie. Je ne voulais pas montrer le caractère évident de l’injustice, de la misère sociale, de la guerre, etc… Je voulais montrer ce dont nous sommes le plus fiers. Notre orgueil, notre mode de vie. Il parle de la beauté de cette Bête-là.

Godfrey Reggio, Essence of Life (documentaire)

Le miracle Koyaanisqatsi est possible par la réunion de trois personnes : le musicien Philip Glass, le chef opérateur Ron Fricke et le réalisateur Godfrey Reggio. Tous trois façonnent un opéra métaphysique grandiose qui se passe de mots. Seul le langage cinématographique dans sa forme la plus pure importe, à savoir le mixage d’images sur du son.

Godfrey Reggio, ancien séminariste, réalise quelques travaux vidéos consacrés au développement des arts et de l’image. Si son passé religieux est difficilement identifiable dans ses films, il est évident que ces années de méditation lui ont apporté ce recul nécessaire sur le monde.

Il parcourra les Etats-Unis avec son chef opérateur de génie Ron Fricke, qu’il considère à l’instar du musicien Philip Glass comme un véritable génie, afin de rapporter les images les plus extraordinaires jamais vues. La production durera sept ans, dont trois entièrement dédiés au montage et à la composition musicale. Reggio se plaît d’ailleurs à réagencer son film pour que la musique soit en symbiose parfaite avec les images afin que l’œuvre soit à son apogée.

Koyaanisqatsi // Photo

Le montage des images diverses, ralenties ou accélérées à outrance, liant l’infiniment grand à l’infiniment petit, se répétant de manière cyclique au rythme entêtant de la bande son hypnotise dès lors offrant à son public le spectacle de la « vie déséquilibrée », traduction possible du titre en indien Hopi.

Mais la grande force de Koyaanisqatsi est de ne pas donner lieu à une analyse univoque. Non seulement il y a autant d’explications possibles que de spectateurs, mais chaque vision pourra également paraître chaque fois plus puissante et grandiose, tout en révélant un message différent, tel un miroir de notre âme.

Le fracas de la nature d’une part et de la technologie et du monde urbain d’autre part fascine tant qu’il nous laissera sans voix. La beauté du chaos, la grandeur de la technologie et de notre propre narcissisme implosera lors de la séquence finale, apocalyptique dans tous les sens du terme, saisissant notre carcasse et nous ramenant à notre statut minuscule de poussière dans l’immense désert de l’Histoire.

Koyaanisqatsi // Photo

Koyaanisqatsi – La Prophétie, immense poème élégiaque, demeure l’une des plus pures expériences que le Septième Art nous ait offert. Reggio tournera deux autres volets (Powaqqatsi en 1988 et Naqoyqatsi en 2002) à ce qui est appelé la Trilogie de la vie. Il lancera par la même occasion un genre appelé « non-verbal movie », dont le magnifique Baraka de Ron Fricke, qui en prépare actuellement une suite appelée Samsara.

Salué par de nombreux artistes (Francis Ford Coppola soutiendra le premier opus en y apposant son nom afin d’en faciliter la distribution), considéré par beaucoup comme l’un des plus grands chocs cinématographiques, Koyaanisqatsi reste encore aujourd’hui d’une richesse inépuisable et probablement l’un des rares films à pouvoir rivaliser avec l’intensité de 2001, Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

Koyaanisqatsi // Jaquette DVD

Disponible pour quelques euros en DVD chez MGM depuis de nombreuses années dans une copie perfectible (l’étalonnage ne serait pas le même qu’en salle, et le master aurait besoin d’une restauration), et accompagné d’un passionnant documentaire qui révèle quelques secrets de fabrication, Criterion préparerait depuis quelques mois une édition DVD et haute définition digne de ce nom de la trilogie Qatsi.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Koyaanisqatsi
RÉALISATEUR : Godfrey Reggio

ANNÉE : 1982 | PAYS : USA | GENRE : experimental

Koyaanisqatsi // Photo

Koyaanisqatsi // Photo

Koyaanisqatsi // Photo

Koyaanisqatsi // Photo

Vous aimerez peut-être...

La Forêt interdite (Nicholas Ray)
La Mer cruelle (Charles Frend)
White Rose Campus: Then Everybody Gets Raped (Koyu Ohara)

Enfin 3 commentaires. Et vous ? »

  1. Anima Mundi, c’est de Godfrey Reggio :-) Se copier soi même, ça devient compliqué.

    Et Anima Mundi, dans un autre registre, vaut bien un Koyaanisqatsi; je l’ai vu au cinéma en imax quand j’étais gosse, et je peux t’assurer que celui-ci fait également parti de mes claques cinématographiques…

  2. Oui je sais (c’est toi qui me l’avait passé). Mais j’ai bien marqué « nombreuses copies… et suites »  »

    Moi j’ai découvert Koyaanisqatsi sur un 50 cm mais déjà l’expérience était là, c’est dire !

    ;)

  3. Chef d’œuvre absolu… Ma plus grande claque cinématographique avec… les films de Malick, dont le dernier s’inspire fortement de ce poème incroyable. Je ne l’ai vu qu’à la télé pour l’instant et en DVD, la vision au cinéma doit être renversante.

Laisser un commentaire