La Forêt interdite (Nicholas Ray)

Par Sylvain PERRET • 17 juin 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Floride, fin du XIXe siècle. Walt Murdock se retrouve au poste de garde chasse des marais des Everglades et cherche à mettre fin aux massacres des volatiles. Très rapidement il entre en conflit avec un groupe de braconniers menés par le redoutable Cottonmouth, surnommé Gueule de Serpent.

La Forêt interdite // Affiche

Officiellement, La Forêt interdite est réalisé par Nicholas Ray, metteur en scène de Johnny Guitare, Les Amants de la nuit et La Fureur de vivre entre autres. Pourtant, en 1958, le réalisateur sombre dans l’alcoolisme et ne peut finir le film que reprendra l’équipe technique, dont le scénariste et producteur Budd Schulberg (Sur les quais et Un Homme dans la foule d’Elia Kazan).

Il apparaît alors que le film, tout en possédant les marques certaines de Ray, est bancal sur plusieurs points, mais n’en demeure pas moins fascinant. Tout d’abord, La Forêt interdite traite d’un sujet assez original pour l’époque, à savoir l’écologie. Il faut dire que Hollywood est en pleine mutation, et aborde une phase de crise qui durera jusqu’au milieu des années 60 et de l’arrivée fracassante de ce qu’on appellera le Nouvel Hollywood.

Mais au-delà du sujet, c’est son traitement qui est remarquable. Si l’on se fie à l’affiche du film, nous pouvons penser que l’affrontement des deux protagonistes sera épique, violent, musclé, viril. La présence de l’héroïne entre plusieurs crocodiles sublime cette idée, et il est possible d’imaginer qu’elle en sera l’enjeu. Il n’en est rien, et même si la présentation des personnages peut apparaître au début très manichéenne, le scénario s’en détache rapidement pour se concentrer sur un récit psychologique et nuancé.

La Forêt interdite // Photo

L’approche nous montre en réalité un héros moins noble et intéressant que le braconnier Commonmouth. Ce sentiment troublant et détonnant dans la plupart des grosses productions de l’époque est renforcé par un tournage en plein air dans un environnement hostile et sauvage. La boue, la fatigue, la moiteur des lieux sont sans cesse prégnantes à l’image et apportent beaucoup à la diégèse de La Forêt interdite, que transcende l’approche quasi-documentaire des Everglades et de la flore et la faune sauvage des lieux. On pense au cinéma néo-réaliste, et Rivette et Truffaut compareront par la suite le cinéma de Nicholas Ray à celui de Rossellini¹.

Nicholas Ray est un peu le Rossellini hollywoodien. Comme lui, il n’explique jamais, ne souligne jamais. Plutôt que des films, il tourne des schémas de films… Il n’est pas de Ray sans la tombée du jour. C’est le poète de la nuit qui tombe et tout est permis à Hollywood hormis la poésie.

François Truffaut, Arts, 23 février 1955

Malheureusement, dès le début du tournage, les failles du projet sont déjà visibles. Tout d’abord, le minutage, malgré une erreur, annonce 3 heures, alors que la durée de la production est censée offrir un spectacle de deux heures. Ensuite, Nicholas Ray et Budd Schulberg, certainement ivres de leur soif de liberté que permet un tournage loin des studios, ne pouvaient que se confronter sur place.

Ensuite, il faut quand même admettre que le film demeure en l’état malade. Le rythme est inexistant, le jeu manque parfois de justesse, les ellipses brusques sont visibles et il est parfois difficile de cerner la véritable thématique du film, souvent reléguée au second plan. Truffaut parlera de La Forêt Sauvage comme d’un grand film malade, terme assez juste qui signifie que malgré toutes les défaillances inhérentes au projet, malgré ses maladresses évidentes, il s’agit d’un objet passionnant.

La Forêt interdite // Jaquette DVD

L’édition DVD, accompagnée d’un livre luxueux et riche en information signé Patrick Brion, est un modèle du genre. Si les interviews de Bernard Eisenschitz et Bertrand Tavernier vous donneront l’impression de tout connaître du film, les 80 pages du livre permettent de découvrir des photos de tournage, des documents rarissimes (la fameuse lettre de Nicholas Ray suite à la projection de La Forêt Sauvage qu’évoque l’interview vidéo) et des pistes de lecture. Le film est proposé en anglais et français et sous-titré dans notre langue. L’image, si elle ne possède pas de défaut majeur, affiche les ravages de son âge et d’un tournage chaotique et complexe. Mais cela n’empêche en rien le visionnage.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que même si à première vue, La Forêt Sauvage peut apparaître comme une œuvre mineure, le travail éditorial lui permet de devenir réellement fascinante.

¹ Cahiers du cinéma 54, décembre 1955.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : La Forêt interdite (Wind across the Everglades)
RÉALISATEUR : Nicholas Ray

ANNÉE : 1958 | PAYS : USA | GENRE : drame

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Un commentaire seulement ! »

  1. Bonjour,

    C est un film que j ai vu récemment. Je vais, de ce pas acheter le DVD.

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