Atlantique, latitude 41° (Roy Ward Baker)

Par Anthony Plu • 15 juil 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Charles Herbert Lightoller est un homme comblé : mari heureux, il vient d’être nommé second sur le fleuron de l’industrie navale britannique : le Titanic. Le voyage inaugural vers les Etats-Unis se déroule pour le mieux jusqu’à ce que le paquebot entre dans les eaux glacées où flottent de nombreux iceberg.

Atlantique latitude 41° // Affiche

Longtemps considérée comme la plus fidèle reconstitution du célèbre naufrage, Atlantique, latitude 41° a connu un regain d’intérêt depuis que James Cameron a admis avoir eu envie de réaliser son Titanic après l’avoir découvert. Il reconnaît aussi y avoir repris plusieurs passages, voire certains dialogues, ainsi que l’ébauche du personnage qui donna naissance à celui de Leonardo DiCaprio.

Force est de reconnaître que les deux films partagent beaucoup de points communs mais leur structure comme leur approche sont très différentes. Là où James Cameron livre du spectacle hollywoodien de qualité, grand public et formaté, Roy Ward Baker réalise une œuvre totalement anglaise en privilégiant l’humain et la retenue.

Force est de constater que la version de Baker est plus intéressante que celle de Cameron. Ajout de méchants inutiles, histoire d’amour envahissante, musique sirupeuse, manichéisme primaire, longueur excessive…. Il y a de quoi, en effet, regretter les directions mélodramatiques de la fresque du père d’Avatar (qui partage les mêmes défauts de façon encore plus accentuée). Reste bien sûr la maestria technique toujours aussi incroyable pour une mise en scène époustouflante.

Écrit avec l’historien Walter Lord, l’adaptation de Baker est à l’inverse bien plus sobre et plus digne. La figure centrale est le second du navire mais l’on suit occasionnellement toute une galerie de personnages qui vont de l’architecte en passant par les secondes classes (occultées dans la version Cameron), les immigrés, les transcripteurs, etc… L’ensemble du bateau donc.

En cherchant à offrir la reconstitution la plus fidèle de la catastrophe, le cinéaste opte pour un style est assez proche du documentaire qui participe à faire monter la tension et le suspens. La narration n’est pas recentrée sur un ou deux personnages mais privilégie un drame global qui regroupe autant les passagers que l’équipage sans que les uns prennent le pas sur les autres. En plus d’offrir un rythme plus aéré, ce choix met en avant le vrai personnage du film : le navire (qui ne restait qu’un McGuffin en 1997).

C’est bien le Titanic qui fait office de transition lors du passage d’une scène à l’autre et d’un d’un protagoniste à l’autre pour une fluidité que rien ne vient heurter. Les personnes ont beau ne pas avoir beaucoup de temps de présence ou ne pas avoir été introduites préalablement, l’écriture est suffisamment juste et précise pour que l’on comprenne à chaque fois leur motivation et leur psychologie sans dialogue à rallonge ou passage explicatif. Tout est toujours très bien intégré à la trame générale sans rien de superflu ou de hors-sujet. Aucun didactisme non plus dans cette façon de glisser d’une classe sociale à l’autre, d’un passager à un autre.

Sans avoir le budget de James Cameron, ni même sa véracité historique (lors de sa conception en 1958, on continuait de penser que le navire avait sombré en un seul morceau), la réalisation de la tragédie est des plus solides et bénéficie d’excellents trucages qui misent sur des petits effets tout aussi efficaces et évocateurs comme l’inclinaison progressive du bateau et donc des décors. Cette approche s’accorde bien à la dimension intimiste et humaine du récit et on retiendra ainsi des séquences touchantes, simples et émouvantes qui constituent autant de drames dans le drame : un couple d’amoureux tentant de survivre et à qui l’architecte donne un ultime conseil avant la disparition du bateau, les musiciens continuant de jouer, l’impuissance du commandant devant les événements, la détresse des marins de voir leur signaux de secours ne pas faire réagir un autre navire à l’horizon, un vieil homme continuant de lire stoïquement dans le salon, un cuisinier préférant se saouler plutôt que d’affronter la situation… Des passages qui constituaient la plupart des meilleurs moments du James Cameron, par ailleurs.

On n’oubliera pas non plus la fin sur les barques où l’horreur des survivants se fait vraiment ressentir. Quant au court monologue final, il devient un déchirant requiem qui laisse transparaître la morale à retenir de ce drame.

A Night to remember // Jaquette DVD

Contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vue le film est bien sorti en France en DVD, en bonus d’un documentaire sur le bateau ! L’éditeur américain Criterion lui a consacré une édition autrement plus respectueuse en remettant en avant le nom de Roy Ward Baker, cinéaste qui mérite lui aussi d’être redécouvert.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Atlantique, latitude 41° / A night to remenber
RÉALISATEUR : Roy Wark Baker

ANNÉE : 1958 | PAYS : Royaume-Uni | GENRE : Drame

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