Le Bunker de la dernière rafale (Caro & Jeunet)
Par Sylvain PERRET • 29 juil 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurDans un univers post-apocalyptique, un groupe de militaires est enfermé dans un bunker. Soudain, une alarme retentit…

La science-fiction, genre peu abordé dans la cinématographie hexagonale, a rarement offert d’immenses réussites. Entre les sujets abordés avec top de légèreté ou au contraire une prétention beaucoup trop visible, copiant malheureusement le cinéma américain, cherchant à peine à combler les manques de moyens, il est rare de voir un cinéaste éviter les nombreux obstacles qui se mettent en travers de son chemin.
Pourtant, la SF française au cinéma existe bien, et compte quelques réussites certaines, dont fait partie Le Bunker de la dernière rafale . Réalisé par Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro en 1981, ce moyen-métrage de 26 minutes, proposé avant Carne de Gaspar Noé en salles une décennie plus tard, a rapidement fait parler de lui.
Précisons que Marc Caro a publié dans les années 70 plusieurs bandes dessinées au sein de la revue Metal Hurlant, lieu de rencontre d’une contre-culture nourrie à la science fiction, le neuvième art, le polar et le cinéma d’exploitation. C’est à la fin des années 70 qu’il rencontre Jean-Pierre Jeunet à un festival d’animation. Après deux courts-métrages d’animation – L’Evasion et Le Manège – le duo décide de mettre en scène cette bien étrange histoire qu’ils co-scénarisent avec Gilles Adrien (les trois hommes se retrouveront pour Delicatessen).
Point de départ : la découverte d’une mystérieuse boîte dotée d’un compte à rebours inexorablement lancé vers une conclusion inconnue. Que se passera-t-il à la fin du décompte ? Nous n’en savons rien. La peur et le doute palpables sont d’abord contenus derrière l’ordre militaire qui cède petit à petit face à la terreur et au chaos.
Si le scénario, proche de La Quatrième dimension (et rappelant dans sa trame Four O’Clock, réalisé par Alfred Hitchcock), fonctionne bien, grâce à une montée par degrés dans la frayeur des protagonistes, l’originalité du moyen-métrage vient du fait qu’aucun mot ne soit prononcé durant toute la durée du film. Renforçant l’universalité du propos, ainsi que l’immersion dans un univers indéfinissable, le film n’est pourtant pas dénué de sons. Marc Caro compose, en effet, avec son groupe de musique Parazite une bande sonore immersive et décalée, qui se permet toutes sortes d’expérimentations.
Mais la vraie réussite du Bunker de la dernière rafale, provient de son savant mélange d’essais visuels et de références aussi diverses que l’expressionnisme allemand, l’animation en volume, la bande dessinée, la robotique, le film de guerre, etc… Les personnages chauves, désincarnés errent alors dans un espace clos et à une époque indéterminable.
Particulièrement soigné, le design du film a nécessité plus d’un an et demi pour que les cinéastes (qui jouent d’ailleurs dans ce film) puissent achever leur projet. Il en résulte une œuvre hypnotisante, bourrée de détails, au sublime noir et blanc granuleux, où s’inscrivent parfois des onomatopées graphiques (accompagnées de coloration de certains effets, contour des coups de feux, flash de couleurs, etc), aux allures d’étrange bande dessinée pour adultes (à l’époque un paradoxe pour le grand public, pour qui la bande dessinée est synonyme de divertissement pour enfants).
A la fois drôle, enfantin, fascinant et dérangeant, Le Bunker de la dernière rafale est un petit bijou de science-fiction qui signe l’arrivée en France de deux réalisateurs qui, fort de baigner dans une culture différente, nous offriront des films atypiques et détonnants dans le paysage français. Partageant leurs intérêts, nous pouvons citer Jan Kounen, Christophe Gans, Yann Piquer… ainsi que Luc Besson, qui réalisera l’année suivante Le Dernier Combat, similaire en de nombreux points (sans parole, noir et blanc, post-apocalyptique), car baignant dans la même (contre-)culture.

Le Bunker de la dernière rafale n’est disponible en DVD qu’au sein d’un coffret regroupant Delicatessen et La Cité des enfants perdus. Il sera aussi diffusé lors de l’Etrange festival de Paris en septembre 2011 dans le cadre d’un ciné-concert où jouera Marc Caro lui-même.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : Le Bunker de la dernière rafale
RÉALISATEUR : Marc Caro & Jean Pierre JeunetANNÉE : 1981 | PAYS : France | GENRE : Guerre




