Pink Narcissus (James Bidgood)

Par Sylvain PERRET • 29 juil 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Les délires et désirs d’un jeune prostitué entre deux passes, lorsqu’il laisse son esprit dériver…

Pink Narcissus // Affiche

James Bidgood, réalisateur de cette unique mise en scène, est connu du monde des arts pour être un des photographes les plus emblématiques de la culture gay américaine¹. Son style unique, à la fois kitch et raffiné, a inspiré de nombreux artistes dont chez nous Pierre et Gilles ou encore David LaChapelle.

Entre 1963 et 1970, Bidgood amasse plusieurs séquences où il met en scène sans but précis son modèle Bobby Kendall. Ces plans oniriques filmés à l’aide d’une caméra 8mm, qui ne cessent de sublimer la muse de l’auteur, feront ensuite l’objet d’un montage autour du thème principal de l’œuvre, à savoir le mythe de Narcisse.

L’idée de Pink Narcissus en elle-même est à la fois simple et fascinante. Bobby Kendall, interprétant cet éphèbe vendant son corps à des clients de passage, n’est rien d’autre que la projection des rêves et des désirs de Bidgood à l’image, qu’elle soit photographique ou cinématographique.

Rien étonnant alors que l’équation de Narcisse, son miroir et son double se transforme ici en Bidgood, sa caméra et Kendall, sur lequel il projette ses idées les plus « folles » dans tous les sens du terme. Notre « héros » nous entraîne dans un univers multicolore et surérotisé (voire pornographique) où le lieu se transforme tour à tour en pissotière suintante, en Jardin d’Eden, en arène de la Rome antique ou bien en corrida.

Pink Narcissus // Photo

C’est donc avec une admiration mâtinée d’une ironie évidente que le cinéaste compose ce travail plastique outrancier mais pourtant hypnotisant dans un film où tout converge pour sublimer le jeune éphèbe, en le plaçant dans des situations aussi diverses qu’explicites. L’univers moelleux et charnel n’est que l’expression des désirs de son personnage principal durant un peu plus d’une heure. Filmé sans cesse comme un objet de désir, le personnage néoténique se joue de nous en cherchant à nous entraîner dans les mondes du plaisir. Il nous y invite sous un éclairage oscillant entre rose bonbon et bleu pastel.

Que l’on ne s’y trompe pas, au-delà de son aspect rococo et de son statut d’œuvre majeure issue de la culture gay, Pink Narcissus est un flamboyant voyage qui appelle à la projection de nos propres désirs et fantasmes, homos ou hétéros. Qu’importe le récit, les arguments narratifs, le support et l’approximation de certains aspects techniques de l’œuvre. La facture amatrice et chaotique de la production s’oublie pour proposer au spectateur un trip surréaliste unique, foutraque et magnétique.

En 1971, Pink Narcissus sort au cinéma sans que Bidgood n’en reconnaisse la paternité (« A Film by anonymous », peut-on lire sur les copies), qui est attribué tantôt à Kenneth Anger, à Andy Warhol, ou à un producteur libidineux. Il faudra attendre que Bruce Benderson publie un livre sur le photographe et lève ainsi le voile sur ce mystère cinématographique.

Pink Narcissus // Jaquette DVD

Aujourd’hui, le film est disponible en DVD un peu partout (la version française parue chez BQHL pourrait être coupée, peut-être vaudrait-il mieux privilégier le disque anglais de BFI à l’excellente réputation. Sinon, il sera possible de découvrir le film lors d’un ciné-concert exceptionnel composé par le groupe Tuxedomoon à l’Etrange festival de Paris en septembre 2011 au Forum des images.

¹ terme ô combien ghettoïsant qui ne dit jamais tout d’un film, précisons-le !

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Pink Narcissus
RÉALISATEUR : James Bidgood

ANNÉE : 1971 | PAYS : USA | GENRE : Experimental

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