The Wicker man (Robin Hardy)
Par Sylvain PERRET • 26 août 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurLe sergent Howie se rend sur la mystérieuse île de Summerisle afin de retrouver une petite fille disparue dans d’étranges circonstances…

The Wicker Man appartient à ces petites merveilles du cinéma britannique qui bénéficient d’une relative – quoique toujours confidentielle – redécouverte via la vidéo. Premier film de Robin Hardy qui fit ses preuves à travers des films institutionnels, il est scénarisé par Anthony Schaffer, qui signa quelques très belles réussites. Nous lui devons notamment Frenzy d’Alfred Hitchcock, Le Limier de Joseph Mankiewicz et Le Crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet.
The Wicker man possède un merveilleux casting dont Christopher Lee (dans un de ses meilleurs rôles) et Ingrid Pitt, deux habitués de la mythique Hammer Films, à tel point qu’il est encore parfois attribué par erreur au studio dans certains ouvrages. Pourtant, il se distingue des productions Hammer par son ton plus naturaliste et sa manière d’ aborder l’horreur et l’angoisse de manière plus intellectuelle. Cette plongée dans l’étrange se fait dès l’arrivée du sergent Howie sur l’île de Summerisle, qui enquête sur la disparition mystérieuse d’une jeune fille.
Ce dernier va se retrouver face à une communauté païenne ayant recours à des pratiques et des rites ancestraux. Nous servant de point de vue, il va donc errer dans un univers propice à la manipulation et aux mensonges. Cependant, au fur et à mesure du récit, nous découvrons que le sergent doit aussi faire face à ses préjugés et à sa conception de la religion catholique. Petit à petit, nous errons alors entre d’un côté le regard cartésien de l’enquêteur et de l’autre de l’aspect mystique, libertin et fantastique des villageois, menés par Lord Summerisle, menant à une confrontation idéologique entre les deux hommes.
Mais petit à petit, la quête du sergent Howie révèlera un puritanisme et une intolérance grandissante face à ces marginaux. Lors d’une séquence de séduction bercée par la belle musique entêtante et planante de Paul Giovanni, nous découvrons ses pulsions, que sa morale religieuse considère comme transgressive. A ce moment, nous comprenons toute la détresse et les troubles de ce personnage qui n’a jamais eu d’expérience sexuelle. Tout au long de cette aventure, il ne fera que constater que ses principes sont ébranlables et friables.
Dans sa structure onirique, The Wicker man se présente comme une version masculine de Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll, qui est cité lors de la découverte du lapin dans le cercueil. Cette plongée surréaliste est particulièrement bien mise en scène, oscillant parfois entre le documentaire (de nombreux personnages secondaires sont interprétés par des habitants du cru, et la caméra est à de nombreuses reprises portée à l’épaule) et la fable onirique (plusieurs segments musicaux viennent s’insérer dans le film) à tel point que, comme le sergent, nous perdons petit à petit pied – mais toujours avec fascination – dans ce lieu magique.
Et c’est donc sans la moindre baisse de rythme que le film se conclura avec l’une des plus belles fins du cinéma, à la fois surprenante et évidente, dans une apothéose iconique et troublante. Alors que le cinéaste a lui-même donné vie à une suite qui sera bientôt disponible et qu’un honteux remake a été réalisé il y a quelques années, The Wicker man demeure aujourd’hui un chef d’œuvre inégalé du cinéma britannique, toujours aussi sulfureux et enivrant.

Alors que le film a été exploité dans une version courte, Studio Canal sortit le film au sein de la collection Cinéma de Quartier dans une magnifique édition il y a quelques années et possédant les deux montages de l’œuvre¹, ainsi que de nombreux bonus dont la présentation érudite de Jean-Pierre Dionnet. Un Blu-ray est évoqué en Angleterre, pour une sortie prochaine.
¹ pour en savoir plus sur ces montages, n’hésitez pas à vous reporter à l’article de Jérome Wybon sur le sujet dans Mad Movies 242 de juin 2011, ainsi qu’à l’excellent documentaire offert en bonus du DVD.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : The Wicker Man (L’Emprise de Satan / Le Dieu d’osier)
RÉALISATEUR : Robin Hardy
ANNÉE : 1973 | PAYS : Angleterre | GENRE : Horreur


[...] The Wicker Man (L’Emprise de Satan) de Robin Hardy – 1972 – Grande-Bretagne [...]