Le Secret de la vie (Alexander Whitelaw)

Par Sylvain PERRET • 30 sept 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Le docteur Ben Land se déplace à Amsterdam afin de rencontrer le docteur Linden, à propos de ses recherches sur le vieillissement. Malheureusement, ce dernier est retrouvé pendu chez lui et Ben Land commence son enquête pour découvrir la vérité, pièce de puzzle perdue entre la mystérieuse Anna, adepte de bondage et l’étrange personnage appelé « Swiss man »…

Le Secret de la vie // Affiche

Près de 40 ans après sa sortie en salle, Le Secret de la vie, alias Lifespan, demeure encore méconnu auprès du large public. Il faut dire qu’il fait partie de cette poignée de productions inclassables, qui au final surfent adroitement entre œuvre artistique et pur film de genre, mais qui possèdent les défauts de leurs qualités : impossible de savoir comment le présenter à un public.

En effet, le film oscille entre exploitation et expérimentations dès l’arrivée du personnage principal. Imperceptiblement, Amsterdam baigne déjà dans une moiteur fantastique qui confère au rêve et à l’onirisme. Cette ambiance sera présente pendant toute la durée du film, succession de tableaux électrisants, parfois déconcertants, mais toujours fascinants.

Pour son premier film, Alexander « Suzan » Whitelaw décide de partir des recherches contemporaines sur la gérontologie pour livrer une oeuvre faustienne grandiose et unique. La quête de vie éternelle du docteur Ben Land (Hiram Keller) évolue donc dans une sorte d’immense labyrinthe où les ellipses sont violentes, les situations troublantes et où le temps ne semble plus avoir de réelle valeur.

Pour créer cette atmosphère particulière, le metteur en scène a choisi un casting qui ravira les amateurs de cinéma d’exploitation. Il y a tout d’abord la belle Tina Aumont (Modesty Blaise, Salon Kitty, Torso, Parties déchaînées, et une autre perle méconnue et inclassable : Arcana de Giulio Questi) qui interprète la sulfureuse Anna, amante du défunt docteur Linden qui marquera les esprits dans une splendide séquence où elle initie le personnage principal aux plaisirs du bondage.

Notons que cette séquence, souvent coupée lors de l’exploitation du film en salle et en VHS, est bien évidemment réintégrée dans la copie DVD du film chez Mondo Macabro.

Klaus Kinski est aussi présent dans le casting du film. Certes, même si celui-ci est mis en avant sur les affiches et jaquettes, Lifespan compte parmi les nombreuses productions où l’acteur se faisait payer à l’heure de tournage. Il en résulte donc une présence fantomatique pour son interprétation de Swiss Man, passant son temps à observer les personnages de loin sans dire un mot. Ce sont les joies du cinéma bis européen.

Mais malgré cette roublardise, son personnage est assez énigmatique et apporte une touche supplémentaire au mysticisme latent de Lifespan. On peut d’ailleurs comparer le film à Wicker Man de Robin Hardy. On ne peut qu’y penser lors d’une séquence où Klaus Kinski porte un masque d’animal comparable à ceux des rites paganiques du film britannique sorti un an auparavant.

Une autre grande réussite du film est la bande originale composée par Terry Riley, grand compositeur contemporain. Il offre à Lifespan une certaine folie dans ses contre-temps et ses envolées lyriques, et participe à ce qui est clairement la volonté première du réalisateur : perdre le spectateur dans un brouillard grisant.

Le commentaire du film, attribué au personnage du docteur Ben Land, sans cesse en avance sur le spectateur, nous permet de mieux nous immiscer dans le récit qui refuse tout effet d’action (dans ce thriller, il n’y a pas de poursuite, pas de bagarre, pas d’explosion) au profit de ruptures de ton pour se concentrer sur ce héros qui perdra petit à petit pied avec nous. C’est donc avec brio que nous passons d’une séquence exotique et bucolique d’une balade à vélo à l’initiation aux joies des cordes devant un feu de cheminée.

Jusqu’à sa conclusion que nous nous gardons bien de révéler, Lifespan multiplie les morceaux de bravoure : la recherche de preuves sur les cadavres, les expériences sur les souris, le labyrinthe, le puzzle, l’interrogatoire avec le pianiste, et tant d’autres. Il n’est pas étonnant que le réalisateur proposa au programmateur de la salle qui diffusa Eraserhead de David Lynch de projeter le film, ce qu’il accepta après avoir vu la bande-annonce.

Lifespan laissera peut-être quelques spectateurs de côté pour ces ruptures rythmiques, qui ne sont pourtant qu’un des maillons de cette perle méconnue aux nombreuses qualités et que le temps n’a certes pas abîmé, mais n’a pas non plus sorti de son relatif anonymat.

Lifespan // Jaquette DVD

Fort heureusement, les anglophones peuvent profiter du DVD édité par Mondo Macabro toutes zones avec la piste originale non sous-titrée. L’image n’est pas exempte de petits défauts mais demeure très satisfaisante. Le son est clair, mais il faut préciser que le film est assez dense pour les faibles niveaux d’anglais. Les bonus sont nombreux et tournent autour de Alexander Whitelaw.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Le Secret de la vie (Lifespan)
RÉALISATEUR : Alexander Whitelaw
ANNÉE : 1974 | PAYS : Angleterre – Pays Bas | GENRE : Thriller

RUBRIQUES TRANSVERSALES : Mondo Macabro

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