Action immédiate (Enzo G. Castellari)

Par Sylvain PERRET • 7 oct 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Le truand Fabio traverse le monde pour rapporter en Italie la drogue dans un trafic qu’il mène afin d’approcher les hautes sphères des réseaux mafieux. Très rapidement, nous comprenons que le jeune criminel est un agent des narcotiques chargé d’infiltrer les trafiquants.  Par tous les moyens !

Action Immédiate // Affiche

Dans l’immense quantité de films de genre produits en Italie durant les trente glorieuses, quel que soit le genre, il est possible de tracer une cartographie assez simple. D’un côté, il y a ces séries B et Z qui ne se contentent que de reproduire sans la moindre âme ni moyen une série de codes du cahier des charges choisi, aboutissant à de pâles copies dont on ne sauvera généralement qu’une affiche mensongère promettant un tout autre spectacle. A l’opposé, il existe des cinéastes flibustiers ayant choisi d’investir le cinéma de genre pour l’immense liberté qu’ils pouvaient avoir tant qu’ils en respectaient les grands codes pour mieux les contourner et les faire imploser. Giulio Questi en est le digne représentant avec Tire encore si tu peux ou La Mort a pondu un œuf.

Et entre les deux, il ne faut pas occulter que le cinéma d’exploitation transalpin est surtout un immense vivier de productions copiant avec plus ou moins d’efficacité des modèles différents selon les périodes. Des films d’artisan cherchant à divertir le public avec un talent variable, dont Enzo Castellari est un porte-étendard assez remarquable.

Touche à tout, Enzo Castellari a investi tous les genres du moment avec plus d’efficacité que de talent. De ses premiers westerns (Sept winchesters pour un massacre, Tuez-les tous… et revenez seuls, Django porte sa croix) au film post-apocalyptique engendré par les succès de Mad Max et New York 1997 (Les Guerriers du Bronx, Les Nouveaux barbares) et passant par le sous-Dents de la mer (La Mort au large), le film de guerre (Une poignée de salopards, inspiré des 12 Salopards et inspirant Tarantino), et le thriller giallesque (Gli Occhi freddi della paura).

Dans la carrière de ce fils du réalisateur Marino Girolami, nous retiendrons Keoma, son western tardif enterrant le genre appelé à s’éteindre après cette ultime réussite, ainsi que ses polars musclés . Ces derniers appartiennent aux polars italiens appelés aussi poliziotteschi, dont la meilleure définition se trouvait dans la collection vidéo que consacra feu Neo Publishing au genre et que nous reproduisons ci-dessous :

Dans les années 70, l’Italie évolue dans un climat social trouble et particulièrement violent. la police et les politiciens sont corrompus, la mafia et les contrebandiers règnent en maîtres sur le pays. Le terrorisme, avec les Brigades rouges et tous les autres groupes subversifs, fait planer un sentiment d’insécurité.

La réponse du cinéma italien pour exprimer les angoisses d’une société profondément agressée se fait sous la forme de ces polars âpres et très politiquement incorrects. Ils ont en général pour héros un flic solitaire qui décide de combattre le crime avec les mêmes armes que ses adversaires. Fusillade, agressions, courses poursuites, actes de violence gratuits en sont les ingrédients de base.

in DVD Neo Publishing, Collection Italie à main armée

Voilà l’occasion pour Enzo Castellari de nous offrir cinq films remplis de cascades, de fusillades musclées et d’échange de coups de poing et d’invectives tout aussi brutales. Après les excellents Témoin à abattre (1973) et Un citoyen se rebelle (1974) avec Franco Nero (et plus tard Le Jour du Cobra en 1980, toujours avec ce dernier), Castellari signe le non moins réussi Big Racket en 1975, avec Fabio Testi qu’il retrouve deux ans plus tard dans cet Action Immédiate.

L’acteur incarne Fabio, un flic infiltré dans les réseaux de drogues, et qui travaille sous couvert de son supérieur Mike Hamilton, directeur des narcotiques débonnaire interprété par David Hemmings, que l’on a vu quelques mois auparavant dans Les Frissons de l’angoisse. Castellari en profite pour emprunter aussi à Dario Argento les Goblin qui signent ici une bande originale qui glisse vers un funk psychédélique porté par la basse et électrisé par une guitare endiablée.

Action Immédiate // Photo

Action Immédiate // Photo

Le film débute par un tour d’horizon des différents pôles de la drogue, et un montage dynamique nous montre des séquences de trafic se déroulant à Hong Kong, en Colombie, à Amsterdam et à New York avant de se pencher sur Rome, plaque tournante des réseaux d’échanges de cocaïne.

Action Immédiate s’enlise ensuite dans une histoire tristement prévisible qui a du mal à atteindre son évident modèle (French Connection de William Friedkin). Certes, nous noterons en point positif que les acteurs sont assez crédibles et concernés par le récit, ainsi que quelques séquences assez remarquables comme le dealer en manque se faisant rosser par une foule formée de parents d’élèves. Cette dernière est particulièrement déstabilisante, car nous n’arrivons pas à réellement juger la scène et prendre parti.

Malheureusement, la suite du récit est pour le moins caricaturale (la maxime du film pourrait être « la drogue, c’est mal »), et s’en suivent d’interminables clichés où nous découvrons Gino, un drogué en manque s’urinant dessus pour finalement décéder lors d’un braquage raté, une prostituée (Sherry Buchanan) acceptant de participer à une relation saphique pour quelques grammes ou encore quelques instants plus tard cette même jeune fille victime d’une overdose. Réalisées avec une naïveté sans relief et avec une certaine complaisance, ces séquences ont plutôt tendance à plomber le ton du film et le rendre trop manichéen pour susciter réellement l’adhésion.

Fort heureusement, Action immédiate prend une autre dimension lors de sa dernière demi-heure, et révèle ses véritables qualités, lorsque le rouage mis en place s’emballe dans une remarquable poursuite, commençant dans un casse, puis une filature, une traque, une poursuite en voiture, en moto et même enfin dans les airs. Enzo Castellari révèle ses remarquables qualités de cinéaste d’action et ne manque pas d’ingéniosité dans sa mise en scène pour nous tenir en haleine. Les plans sont précis, impressionnants et dynamiques, et il est certain que la première heure n’est qu’un simple remplissage pour arriver à ce morceau de bravoure.

Malheureusement, la fin qui se poursuit en avion et qui se voudrait le climax du film, échoue en sombrant dans une surenchère un peu grotesque. D’ailleurs, ce même ton paillard vient de temps en temps parasiter Action Immédiate avec un humour hors propos, à l’instar de Mike Hamilton, pris en stop par une auto-stoppeuse qu’il pelote allègrement parallèlement à une poursuite de Fabio. Notons qu’il s’agit d’une récurrence dans toute la carrière de Castellari qui, s’il excelle dans la création d’une ambiance noire, virile et crasseuse, s’est toujours évertué à échouer dès qu’il voulait aborder l’humour, que ce soit par petite touche comme ici, ou encore de front comme dans le navrant Cipolla Colt.

Quoi qu’il en soit, malgré une première heure qui manque de finesse et de rythme, et si l’on excepte sa conclusion absurde et quelques touches de mauvais goût, Action Immédiate demeure un sympathique exemple du savoir faire de son réalisateur, sauvé par ses comédiens, par sa bande-son et par sa troisième partie plus intéressante.

C’est certes bien peu pour ce poliziotteschi mineur, et l’on serait mieux inspiré de préférer Big Racket, mais en l’état, si l’on considère le film comme un divertissement, il finit par remplir sa fonction grâce à sa bonne humeur communicative pour peu que nous ne soyons pas trop regardants sur les détails.

Action Immédiate // Jaquette DVD

Inédit chez nous en DVD, il faut se tourner vers l’import US chez Blue Underground (version anglaise uniquement) pour profiter du spectacle. Le film a été diffusé en septembre 2011 lors d’une soirée bis de la Cinémathèque française consacrée à Enzo Castellari.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Action Immédiate (La Via della droga – Heroin busters)
RÉALISATEUR : Enzo G. Castellari

ANNÉE : 1977 | PAYS : Italie | GENRE : Poliziottescho

RUBRIQUES TRANSVERSALES : Cinéma de Tonton

Vous aimerez peut-être...

Vampire (Shunji Iwai)
Angoisse (Bigas Luna)
Satan's blood (Carlos Puerto)

Laisser un commentaire