…Alias le LUFF // Compte rendu de Lucas Balbo

Par Sylvain PERRET • 28 oct 2011 • Categorie: Chroniques de cinéphages, FocusContacter l'auteur

Notre ami Lucas Balbo, à peine rentré du LUFF, festival européen majeur du cinéma alternatif, nous offre son compte-rendu forcément passionnant d’un évènement qui ne l’est pas moins. Que dire d’autre à part le remercier pour son texte et vous souhaiter bonne lecture ?

LUFF // Affiche 2011

Lausanne Underground Film Festival (alias Le “LUFF”) 2011
par Lucas BALBO

Underground : se dit de spectacles, d’œuvres littéraires d’avant garde, réalisés en dehors des circuits commerciaux habituels (Larousse de poche 2003). Sous cette bannière, Julien Bodivit et son équipe rassemblent une sélection de films bizarres, et hors normes de tous genres, ainsi que des concerts musicaux qui repoussent les limites de l’acoustique bienséante. Perchée sur les hauteurs de Lausanne, le casino Montbenon, qui abrite également la Cinémathèque Suisse et ses deux salles de projection, accueille le QG du monstre tentaculaire qui s’étend également sur un autre cinéma (le « Zinéma » et ses deux salles microscopiques d’une vingtaine de sièges), deux salles de spectacle alternatives (le « Oblo » et le « Romandie »), et différentes expositions. Autrement dit, le LUFF a une programmation plus que riche, de 14 heures à 3 heures du matin, qui étanchera la soif du festivalier jusqu’à la lie… et rend impossible de tout voir !

Pour cette dixième édition, les festivités, en dehors de la compétition courts et longs métrage consacrait une sélection aux œuvres de Steve Dwoskin, Craig Baldwin, Erica Beckman, Maria Beatty et offrait deux cartes blanches bien goûteuses à Stephen Thrower et à Peaches Christ.

Faute de place, nous nous limiterons ici aux films en compétition.

The Oregonian // Photo

The Oregonian
USA/2011
Prix du jury 2011 du LUFF

Des cinq films de la compétition, c’est The Oregonian qui a remporté le prix du meilleur film. Curieux choix pour un film qui accumule les faux raccords à l’allure d’un cheval au galop… En effet, l’héroïne du film (et pivot central du récit) subit un accident inexpliqué (comme tout ce qui arrive dans le film, d’ailleurs) et se voit affublée d’une large tache de sang sur le front, qui devient moins large le plan suivant, part sur la gauche le plan d’après, revient à droite sur un autre plan. Enfin bref, comme le réalisateur, Calvin Reeder, essaie de nous plonger dans la même désorientation que son personnage, à grands renforts de bande sonore stridente et désagréable, le moindre détail prend deux fois plus d’importance. Pour parfaire la sensation d’égarement, Calvin Reeder ajoute des apparitions de personnages fantomatiques ou quasi-muets, totalement jetés à la face du spectateur comme un chien pose sa merde.

L’actrice principale, la charmante Lindsay Pulsipher, erre interminablement à la recherche d’un téléphone, et après avoir traversé une ville entière ne semble pas avoir compris que c’est la fin du monde ; ses « il y a quelqu’un ? » sont à la limite du ridicule, même Mattei a fait mieux dans ce registre avec Zombie 4.

Malgré une évidente maîtrise technique, The Oregonian reste un mystère cousu de fil blanc déguisé en cauchemar Lynchien raté.

Hellacious acres // Photo

Hellacious Acres : The Case of John Glass
Canada/2011

Deuxième long métrage de Pat Tremblay Hellacious Acres narre les aventures d’un soldat du futur plongé en pleine post-apocalypse, pour une mission d’importance : rétablir l’atmosphère afin de sauver les survivants de l’espèce humaine, menacés par des extraterrestres en forme d’amibes, munies de tentacules mortelles (en vérité, des vers de terre bidouillés dans After Effects, mais libérés dans la nature après le tournage).

Avec trois francs et six sous, un personnage unique et masqué (pratique au cas où l’acteur se désiste) et trois ans de tournage et calcul des effets spéciaux, Pat Tremblay a créé un vrai bijou d’humour noir. Intelligemment situé dans des prés désertiques automnaux et des granges abandonnées, le récit  picaresque de la mission impossible se suit allègrement, commentée par la voix off du personnage principal qui nous fait partager ses peurs et ses doutes. Malgré quelques longueurs, l’inventivité permanente du film captive et mérite amplement plus le prix du meilleur film…

Bunny Game // Photo

The Bunny Game
USA/2010

Descente aux enfers noire et blanche d’une prostituée de Los Angeles, kidnappée par un routier psychopathe. Adam Rehmeier signe ici une œuvre provocatrice, cruellement insupportable : plus de la moitié du film consiste en des tortures infligées au personnage principal en gros plans, effets de lumière saccadés, cris et viols répétés ad nauseum. L’exercice est totalement vain, ce déchaînement de pur sadisme étant soi-disant une façon d’exorciser des traumatismes similaires vécus par l’actrice principale, la très convaincante Rodleen Getsic.

Hormis la volonté de choquer, on cherche en permanence les raisons de continuer à voir les déchaînement de violence gratuite à l’écran, laissant forcément le spectateur dans un état de voyeurisme forcé. Énervant…

Beyond the black rainbow // Photo

Beyond the Black Rainbow
Canada/2011

Deuxième film canadien de la sélection, Beyond the Black Rainbow est le film le plus achevé photographiquement. Récit fantasque centré autour des aventures éthérées d’une jeune fille, incarnée par la très belle Eva Allan, ce film aligne les références stylistiques (en vrac 2001 L’Odyssée de l’espace pour les costumes et la photographie, Eraserhead pour son côté rêve surréaliste) ; mais perd le spectateur dans un récit trop abscons.

D’ailleurs, c’est ce que lui reproche un internaute mécontent sur le site imdb, conseillant « d’éviter ce film comme la peste » (en voilà un qui n’a rien compris). Contrairement à lui, je vous conseille fortement de voir ce film plastiquement irréprochable et surtout de surveiller les prochaines réalisations de Panos Cosmatos, un réalisateur à suivre, digne successeur de son père le réalisateur George Leviathan Cosmatos

Profane // Photo

Profane
USA/2010

Mélange de “documenteur” (le film remet en scène des situations réelles) et de film expérimental (caméra virevoltante et effets spéciaux numériques), Profane conte les questions existentialistes d’une lesbienne d’origine musulmane. Sur un sujet inexploré, Usama Alshaibi signe un pamphlet provocateur pro-lesbien. Le style « shaky cam », l’inexpérience des deux comédiennes principales n’aide pas le film déjà périlleux. Le montage fait dans un style qui rappelle le bout-à-bout ne déchaîne pas non plus l’enthousiasme. Couronnez le tout de séquences oniriques où l’actrice principale se masturbe en récitant le Coran et vous obtenez non un chef d’œuvre, mais plutôt une mauvaise blague politiquement creuse. Le sujet mérite bien mieux que cet assemblage provocateur à la limite de l’irresponsabilité.

Death bed // Photo

Finalement, la sélection  2011 reste très hétéroclite et prouve la nécessité de l’existence d’une plate-forme pour des œuvres qui risquent de ne pas trouver de distribution, tels les excellents films maudits présentés par Stephen Thrower, Duffer (1971) et Death Bed (1977). Pendant ce temps-là,  en ce dimanche 23 Octobre, dernier jour du LUFF, la paisible bourgade de Lausanne reprend ses préoccupations, le journal local LE MATIN titrant « Sexe masculin, la taille moyenne enfin connue ! »…

Site officiel du LUFF : http://www.luff.ch/

Merci à Lucas pour son texte.

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Enfin 5 commentaires. Et vous ? »

  1. C’est bien beau cet article Lucas… mais quelle est la taille moyenne du sexe masculin ? ;)

  2. Ben, … je n’ai pas lu le dossier exclusif du Matin Lausannois… du coup je ne saurais jamais et c’est pour ça que je suis si méchant…

  3. Tu n’es pas méchant, mais c’est un peu sec (et c’est pour ça qu’on t’aime !). Le seul qu’on ait vu est The Oregonian qu’on aime beaucoup…

  4. J’te trouve bien dur aussi. C’est là qu’on se rend compte de l’écart de qualité entre les films de maintenant et les plus vieux (peut-être ?)…
    - Curieux ce terme « lynchien » ^^ j’ai toujours vu écrit « lynchéen ». -

  5. @ Lynch971
    Bonne question pour l’orthographe… en « googolant » le titre c’est « lynchien » qui revient le plus souvent…

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