The Glamorous Life of Sachiko Hanai (Mitsuru Meike)
Par Sylvain PERRET • 28 nov 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurSachiko Hanai, une prostituée japonaise se retrouve au milieu de feux croisés entre tueurs à gages coréens et est blessée au front. La balle qui a atteint son cerveau lui donne la connaissance de tous les secrets de l’univers. Et quand elle se retrouve en possession d’une reproduction du doigt de Georges Bush, les ennuis ne font que commencer…

The Glamorous Life of Sachiko Hanai est un cas à part dans la production contemporaine des pinku eiga, ces films érotiques japonais. Si les films du genre des années 60, 70 et même 80 sont régulièrement réévalués, à travers des rééditions vidéos ou des rétrospectives, il en est tout autrement pour les dernières réalisations pink.
Il faut dire que la libération des mœurs (pendant longtemps, il était interdit de montrer des poils pubiens), l’abandon du support argentique au profit du numérique, et la démocratisation de la vidéo et d’internet ont réduit la qualité de ces films à presque rien d’autre qu’un enchaînement froid de séquences érotiques entre lesquelles viennent s’insérer (sans mauvais jeux de mots) des bribes de narration.
C’est là que Mitsuru Meike fait figure d’exception. Déjà repéré depuis plusieurs années avec des projets plus audacieux que la moyenne, le cinéaste remporta de prestigieux prix pour Lascivious Nurse Uniform Diary: Two or Three Times, While I’m Wet ou encore Shameful Family: Pin Down Technique.
Si il est difficile de voir ses précédents films en dehors du Pays du Soleil Levant, The Glamorous Life… connaît une rapide reconnaissance et est longtemps projeté dans diverses manifestations avant de connaître une sortie en salle aux Etats-Unis et même il y a quelques années une diffusion sur Arte chez nous.
Si The Glamorous Life… commence comme bon nombre de films du genre (une prostituée rentre dans un jeu de rôle coquin se faisant passer pour l’institutrice du client), rapidement le ton change en mélangeant satire sociale, films de gangsters, l’espionnage à travers un complot mondial, avant de virer dans la science-fiction surréaliste, la philosophie, le cinéma expérimental le tout non dénué de séquences érotiques humoristiques.

Ce maelström un peu dingue peut être classé entre un savant mélange de film érotique japonais revu et corrigé par Russ Meyer. Le même esprit cartoonesque couvrant un ton contestataire que chez le père des Vixen est présent, et l’on croise très souvent des détournements de George Bush dont la politique est critiquée (nous sommes en 2003), notamment à travers les intrigues autour des armes nucléaires.
L’ancien président apparaît d’ailleurs dans plusieurs séquences dont la meilleure du film. Sachiko Hanai est sur un toit lorsque la réplique du doigt du président, qu’elle a accidentellement substituée, prend vie et finit par farfouiller dans les sous-vêtements, puis le sexe de la pauvre jeune femme. Une télévision arrive comme par magie dans le plan diffusant le président Bush qui s’adresse à nous et dont un des discours patriotiques est détourné. Le montage d’images chocs et la musique psychédélique confèrent une étrangeté supplémentaire à la scène devenue mythique.
Tout au long du film, le cinéaste s’autorise d’autres folies, comme par exemple un quartier général américain est interprété, non pas par des figurants, mais par des jouets G.I. Joe. Plus loin, ce sont des répliques philosophiques sur Platon, Aristote, Einstein ou le Comte de Sandwich qui pullulent pendant que la jolie héroïne offre son corps à différentes personnes. Cet aspect dadaïste et outrancier apporte énormément au décalage attachant du film.

Hélas, si d’autres séquences décalées et hallucinogènes (l’hymne américain, la séance post-générique) parcourent The Glamorous Life…, nous avons néanmoins la forte impression d’un patchwork de bon ton, mais dont le message véhiculé devient quelque peu vain au fur et à mesure que le film avance. De plus, si la réalisation froide et sèche apporte une image glacée et un tournage probablement très court est pertinent, le film aurait gagné à un travail esthétique plus soigné, notamment pour les scènes érotiques (où, fait assez rare pour ce genre de production, nous pouvons apercevoir la toison de la belle actrice principale Emi Kuroda).
En effet, elles finissent par se dérouler avec un manque de plaisir dans la mise en scène, et oublient – un comble pour le genre – d’émoustiller son public. Et nous passerons rapidement sur une séquence pour le moins à contre ton et aussi inutile que crapuleuse, qui nous montre le viol d’un personnage.
Malgré ces défauts, cela n’empêche pas que la folie ambiante finit par happer le spectateur devant quelque chose de certes inégal sur la longueur (plus longue que la plupart des films du genre, pour des raisons évidentes d’exploitation hors du Japon), mais de totalement unique et délirant.

Inédit en DVD chez nous, le film existe en DVD américain possédant version originale et sous-titres anglais, contrairement au disque allemand.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : The Glamorous life of Sachiko Hanai (Hatsujô kateikyôshi: sensei no aijiru)
RÉALISATEUR : Mitsuru Meike
ANNÉE : 2003 | PAYS : Japon | GENRE : Pinku Eiga

Il faut absolument mentionner l’apport du scénariste: le génial Takao Nakano!
Mentionner aussi que la version qui circule le plus est une version extended un peu longuette (90min) qui brise un peu l’équilibre d’un genre s’accomodant à merveille du format 60min (version non présente sur le DVD japonais vosta au contraire du disque US). Enfin, dire que Meike est un excellent réal malheureusement tombé dans l’oubli (il ne réalise plus rien depuis plusieurs années … le pinku est vraiment en crise, voir le tacheron Naoyuki Tomomatsu qui prend de + en + de visibilité .. triste), mon preferé des années 2000 (et que plusieurs de ses films sont dispo, officiellement, en vostf dans l’excellente collection MushMushi, repackagée de la collection UK Sacrement, BITTERSWEET, SWING, SNOW WOMAN, + ici http://cinexploitation.forumactif.net/t894-collection-mushimushi )