Assault ! Jack the Ripper (Yasuharu Hasebe)
Par Sylvain PERRET • 30 déc 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurUn apprenti pâtissier et une serveuse timides raccompagnent en voiture une auto-stoppeuse qu’ils assassinent par accident. Mais après le choc, s’en suivent une montée de pulsions sexuelles et une envie de recommencer au plus vite…

Le monde du roman porno japonais est d’une richesse incroyable, et il est difficile de se rendre compte de ses nombreuses facettes. La faute à une vision des films quelque peu handicapée, voire invisible chez nous. Preuve en est avec le passionnant Assault ! Jack the Ripper que réalisa Yasuharu Hasebe, visible le temps d’une soirée à la Cinémathèque Française, ou bien dans la prestigieuse collection DVD de l’éditeur Mondo Macabro.
Hasebe est un spécialiste du violent pink, cette vague de films érotiques mêlant sexe et violence, montré de manière plus ou moins gratuite ou complaisante. Chez nous, nous avons pu découvrir Le Violeur à la rose (Rape 13th Hour) ou Harcelée (Attacked), deux œuvres que l’on doit rattacher à sa tétralogie du viol aux côtés de Rape ! et Raping !. Assault ! Jack the Ripper, avec son titre mensonger (il n’est en aucun cas question du fameux assassin britannique) peut être considéré comme son meilleur film.
Sous son allure de film de pure exploitation, il y a aussi une bien étrange quête initiatique d’un jeune pâtissier dans sa recherche du plaisir de tuer. Son parcours commencera avec la rencontre d’une serveuse, qui cherche à braver les interdits et les différences sociales. Elle reportera sa propre frustration sur le pâtissier, en faisant de lui son jouet sexuel. D’abord victime, il deviendra petit à petit le personnage du film bien que le récit ne s’ouvre pas sur lui mais sur sa compagne.
Puis arrivera le drame qui liera tout d’abord les deux personnages, à savoir l’arrivée de cette mystérieuse jeune femme que le couple tuera accidentellement. Cet élément déclencheur verra les deux protagonistes chercher leur propre plaisir, chaque meurtre stimulant le jeune homme sexuellement. Très rapidement, nous comprenons que l’enjeu pour ce dernier est de passer avec sa compagne d’un schémas enfant-mère à celui d’homme-femme. Tous les éléments sont là pour l’évoquer.
Le meurtre est mis en scène comme un dépucelage pour le pâtissier, et tout le film sera une longue poursuite où il devra s’émanciper de sa compagne. Au début, c’est vers elle qu’il se retournera pour prendre une décision. Yasuharu Hasebe offre une mise en scène grandiose, soulignant en finesse cette dualité chez le jeune homme. Lors des premiers ébats avec sa partenaire, c’est vers les seins de celle-ci qu’il portera d’abord son attention. Les décors et les détails révèlent une multitude de symboles enfantins, comme le ballon du bambin, les poupées derrière ou le coca bu pendant les relations sexuelles.
Assez riche, Assault ! Jack the Ripper appartient aussi à cette vague de pinku dont les scènes de sexe – tout comme les séquences de meurtre – apportent toujours quelque chose au récit. Mieux, plusieurs lectures sont possibles. Hasebe signe aussi une œuvre sociale, avec son couple brimé par ses supérieurs, et dont l’assassin trouve du plaisir en éventrant les jeunes femmes avec son outil de travail. Il s’agit aussi pour le pâtissier d’une recherche de sa propre masculinité, comme le montre le plan final en contre-jour, happy-end ironique et troublant. Mieux, on ne peut sans trop extrapoler dire que Assault ! Jack the Ripper est un formidable film freudien dont l’antihéros devra métaphoriquement tuer la mère.
Mais Yasuharu Hasebe remplit aussi son contrat inhérent au film d’exploitation, à savoir la Sainte Trinité du cinéma bis : sexe, violence et humour. Le tout est offert dans un scope magnifique, à un rythme qui enivre le spectateur, mais qui le déstabilisera aussi. Une œuvre rare et précieuse, à rapprocher des Tueurs à la lune de Miel de Leonard Kastle ou Gun Crazy de Joseph H. Lewis, et à découvrir au plus vite.

Diffusé dans le cadre d’une séance bis à la Cinémathèque française en décembre 2011, Assault ! Jack the ripper est inédit en DVD chez nous. Il est néanmoins possible d’acquérir le film sur le support chez l’éditeur Mondo Macabro. Accompagnée de sous-titres anglais et de bonus, la copie est au format, le master est propre, et le disque ne possède pas de zonage.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : Assault ! Jack the Ripper (Bôkô Kirisaki Jakku)
RÉALISATEUR : Yasuharu Hasebe
ANNÉE : 1976 | PAYS : Japon | GENRE : Pinku Eiga
RUBRIQUES TRANSVERSALES : Mondo Macabro
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