Meurtre à la mode (Brian De Palma)

Par Sylvain PERRET • 25 jan 2012 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Une jeune actrice est assassinée avec un pic à glace. Son meurtre nous est raconté sous trois points de vue différents.

Murder a la mod // Photo

Si à l’instar de Dario Argento, Brian De Palma semble avoir du mal à se renouveler (Daliah noir, Redacted), il est aujourd’hui possible de redécouvrir ses premières œuvres en vidéo peu connues chez nous. En effet, même si il est parfois considéré que Sisters (Soeurs de sang chez nous) est son premier véritable film, la réalité est tout autre. Si en 1973, ce dernier crée une rupture évidente dans la carrière de De Palma, les films qui composent la première partie de sa filmographie révèlent d’autres pistes que le cinéaste tenta. Découvrir les premières productions d’un cinéaste reconnu par la suite demeure un exercice passionnant, qui nous permet de mieux mettre en lumière les aspirations à venir et les facettes méconnues d’un artiste, qu’elles soient concluantes ou non.

En 1964, Brian De Palma, est déjà l’auteur d’une demi-douzaine de courts-métrages et d’une co-réalisation dans le cadre de ses études qui ne sortira sur les écrans que quelques années plus tard suite au succès de son acteur principal (The Wedding Party, avec un jeune Robert De Niro). On peut donc dire qu’avec Meurtre à la mode, il signe ce qu’il est donc bon de considérer comme son premier vrai long-métrage.

A la vision du film, cela est d’autant plus évident que Meurtre à la mode semble être le « chef d’œuvre » du cinéaste, terme employé dans son sens séminal qui consiste en un travail validant la capacité d’un jeune artiste auprès de ses aînés et pouvant ainsi ses compétences. Dès les premières minutes, les influences du jeune De Palma apparaissent clairement. Ses aînés, ce sont Alfred Hitchcock, Akira Kurosawa (Rashomon), Michael Powell (Le Voyeur), Michelangelo Antonioni (Blow Up) et Jean-Luc Godard. Le problème est que ces influences ne sont pas forcément cohérentes une fois qu’elles sont reproduites ici, surtout que De Palma semble hésiter entre l’hommage déférent (la reproduction de codes ou de tics)  et le décalage (le ton burlesque).

Meurtre à la mode est finalement un film au ton audacieux et passionnant à voir, mais qui n’arrive pas à trouver de vraie structure sur la durée. Il est aussi symptomatique de la révolution du Nouvel Hollywood, contre-coup de la bombe A Bout de souffle et de la Nouvelle Vague française. Brian De Palma multiplie donc jump-cuts et accélérés, animation image par image et changements violents d’échelle, flashback et flash-forward, rupture de ton et de point de vue, tournage caméra à l’épaule dans la rue et utilisation de grand angle.

Malheureusement, si l’exercice de style s’avère assez passionnant, révélant la soif de balayer et prendre à contre-pied la génération précédente par ces jeunes turcs, il tourne assez rapidement à vide. A force de transgresser systématiquement les règles formelles, le cinéaste se perd un peu, abusant un peu trop des expérimentations en dépit d’une homogénéité globale. Pourtant, découvrir Meurtre à la mode est assez jubilatoire, et permet de suivre et reconnaître les tics et les obsessions du futur auteur de Blow Out (les ressorts méta-cinématographiques), de Furie (les zooms artificiels image par image), de Carrie au bal du diable (le plan séquence) de Phantom of the Paradise (les coulisses labyrinthiques et les faux semblants) et de Pulsions (la sur-esthétisation des meurtres).

Le scénario aussi est typiquement De Palmien : une jeune fille est assassinée et nous ne découvrirons son meurtrier qu’à la toute fin du récit, après avoir soupçonné différents coupables potentiels. La structure évoque aussi les gialli qui allaient prendre naissance en Italie à la même époque. Un récit qui certes souffre là encore de son absence d’harmonie, très souvent à cause d’un humour assez poussif et qui tombe fréquemment à côté de ce qui nous intéresse. Notons par exemple à ce propos une conversation interminable et vaine entre une héroïne et un banquier.

Malgré tout cela, Meurtre à la mode demeure une étrangeté à découvrir, non seulement pour son auteur et sa rareté, mais aussi pour son statut assez révélateur de ce qu’était le Nouvel Hollywood en 1968. Une époque révolue où les règles établies étaient toutes remises en cause. Et en art, ne vaut-il pas mieux avoir des ratés qu’un conformisme ?

Meurtre à la mode // Jaquette DVD

Meurtre à la mode est disponible chez nous en DVD édité par Le Chat qui fume dans une copie très propre et possédant des sous-titres dans notre langue. Notons que le film est aussi présent en supplément du Blu-ray de Blow Out qu’a sorti Criterion, mais sur un support zoné et sans sous-titrage français.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Meurtre à la mode (Murder à la Mod)
RÉALISATEUR : Brian De Palma

ANNÉE : 1968 | PAYS : USA | GENRE : thriller

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Meurtre à la mode // Photo

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  1. [...] que Le Chat qui fume nous avait permis de découvrir il y a quelques mois l’étonnant Meurtre à la Mode, alors que Carlotta nous promet des ressorties de Blow Out dans le courant de l’année, [...]

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