Dossier // Henri Hathaway @ la Cinémathèque #1

Par Anthony Plu • 28 jan 2014 • Categorie: DossiersContacter l'auteur

Du 8 janvier au 23 février, la Cinémathèque Française rend hommage à Henri Hathaway en programmant une rétrospective autour de sa carrière, assidument suivie par Anthony Plu. Celui-ci nous propose un compte-rendu film par film dont voilà la première partie.

Heritage of the desert // Affiche

  • Heritage of the desert (1932)

Un homme d’affaire qui a fait sa fortune en volant du bétail convoite un terrain à l’entrée d’une vallée. Son propriétaire attend justement un fonctionnaire qui doit faire les relevés topologiques pour définir légalement son domaine.

Premier film du cinéaste et premier d’une série de westerns B avec Randolph Scott basés sur les livres de Zane Grey. Derrière un scénario conventionnel et malgré des stock-shots accélérés (venant vraisemblablement des précédentes adaptations de Grey au milieu des années 1920 et sur lesquels Hathaway participa en tant qu’assistant l’assistant), c’est un très bon divertissement qui doit presque tout à Henry Hathaway qui témoigne déjà d’un savoir-faire évident.

Malgré un budget dérisoire, le cinéaste parvient à donner du mouvement à sa première œuvre, avec de nombreux travellings et un tournage en extérieur pour de nombreux plans splendides. On sent qu’il cherche à dynamiser le récit et à donner du caractère aux personnages : il opte ainsi pour de l’humour (Guinn ‘Big Boy’ Williams dans un rôle de benêt plus réussi que celui de Vince Barnett dans son numéro habituel), un personnage féminin avec plus de personnalité et de tempérament que la moyenne et évidemment des idées de réalisation assez fréquentes : les travellings suivant les pas de Scott dans le désert et celui s’avançant vers la gourde vide ; le mouvement de caméra dévoilant l’ensemble d’un campement de nuit ; les nombreux extérieurs souvent bien mis en valeurs ainsi qu’une photographie d’un grande qualité (y compris dans les séquences nocturnes). On trouve même un romantisme qui donne une scène délicieuse : Sally Blane qui a dormi dans un arbre réveille malicieusement Scott qui sommeille encore au pied du tronc en lui faisant tomber quelques gouttes d’eau sur le visage. Quand celui-ci se lève, elle fait mine de dormir et c’est Scott qui s’amuse à lui verser de l’eau sur le front.

Une scène sans dialogues dont la première partie est filmée dans un magnifique plan-séquence qui monte et descend de Blane à Scott avec lyrisme, que n’aurait pas reniée un Allan Dwan (ou même Borzage).

Les scènes d’action sont en revanche un peu plus hésitantes entre stock-shots et combats accélérés pour un sens de l’espace hasardeux et maladroitement elliptique. On a d’ailleurs l’impression que le film ne doit pas dépasser les 60 minutes et qu’il manque 10 minutes tant le derniers quart est brouillon et rempli d’incohérence.

Pas de quoi gâcher la bonne impression de ce coup d’essai brillant qui ne manque pas style sans parvenir toutefois à se défaire totalement des limites du genre et de son budget.

Come on marines // Affiche

  • Come on, Marines (1934)

Un militaire est dégradé de son rang pour son caractère insubordonné. En punition, il est envoyé aux Philippines, embarquant avec lui une des causes de ses malheurs, un chauffeur de taxi, ancien déserteur. Ils se voient confier la mission d’aller porter secours à des enfants sur le point d’être kidnappés par des bandits…

Après les huit westerns Zane Grey, Henry Hathaway a le droit de changer d’univers et se retrouve à piloter une comédie militaire qui n’est pas sans rappeler Tay Garnett, le sens du mouvement et le panache en moins. Car il faut bien avouer que film n’est pas forcément réussi et qu’Hathaway n’a vraiment pas l’air à l’aise ici. Entre un casting fade et transparent, un scénario qui met plus de la moitié de sa durée à se mettre en place et un humour sans finesse, le réalisateur doit aussi s’accommoder d’un tournage dans les coins reculés de la Californie (qu’on essaye de faire passer pour la jungle des Philippines).

La première demi-heure est ainsi peu entraînante malgré Roscoe Karns qui livre un second rôle espiègle comme il en fit tant durant la première moitié des années 30.

La suite par contre mérite le coup d’œil, non pour sa qualité mais pour sa curiosité. Sortie quelques temps avant l’application strict du Code Hayes, Come on, Marines surprend avec des images et des situations à la limite du surréalisme pour ne pas dire de la subversion. Les enfants à sauver ne sont pas des bambins d’une dizaine d’années mais de jeunes femmes en tenues légères baignant, insoucieuses, dans un lac paradisiaque. Plutôt que de les mettre à l’abri, les marines vont gaiement patauger avec les damoiselles peu farouches qui n’attendaient que ça. Mais le plus stupéfiant est le moment où les marines tendent un piège aux bandits en mettant les tenues de leurs protégées. Voir une armée de soldats courir en robes et lingeries, mitraillettes en mains et livrer une furieuse bataille avec des rebelles est un spectacle assez unique !

Et histoire d’en profiter, les militaires garderont un moment leurs vêtements de « camouflage ». Un approche décalée qui tranche avec la démarche du cinéaste qui, pour plus de réalisme, utilisa des armes à balles réelles ! Le résultat n’est d’ailleurs pas très visible à l’écran et au final, on ne sent la présence du réalisateur que dans le seul moment dramatique du film, lorsqu’une toute jeune Ida Lupino soigne un militaire blessé aux chances de survie bien mince.

Très anecdotique et impersonnelle mais il y a ces quelques minutes de travestissement qui résument admirablement la liberté de tons qu’on pouvaient trouver au USA au début des années 30, dans cette fameuse période pré-code.

Man of the forest // Affiche

  • Les Hommes de la forêt (Man of the forest – 1932)

Un propriétaire pas très honnête convoite un terrain tenu par un vieil homme qui est sur le point d’enregistrer légalement son domaine. Le meilleur ami de celui-ci découvre que le gredin prévoit de kidnapper la fille de son rival pour faire pression sur lui.

Autre films de la période Zane Grey/Randolph Scott pour un postulat proche de celui d’ Heritage of the desert : un riche propriétaire pas très honnête convoite un terrain tenu par un vieil homme qui est sur le point d’enregistrer légalement son domaine.

La suite diffère grandement heureusement, mais perd la volonté de sortir des sentiers battus qu’on retrouvait dans la première œuvre du réalisateur. Ici par exemple, le rôle féminin redevient un personnage passif qui se méprend des intentions du héros avant de tomber amoureuse de lui.

Mais l’intrigue est plutôt bien rythmée avec quelques bonnes péripéties qui relancent l’intrigue (le meurtre de l’ami de Randolph Scott qui conduit ce dernier derrière les barreaux). Cela dit, les facilités ne manquent pas comme Scott assistant par hasard à une réunion où le vilain explique son plan. Le film surprend avant tout par son mélange des genre. Il y a une vraie décontraction et chaleur dans le quotidien de Scott, notamment avec les animaux qui l’entourent, son cheval bien sûr mais aussi toute une famille de lions des montagnes adorables et attachants.

Et d’un autre côté, il y a une violence qui surprend par sa sécheresse comme le meurtre qui condamne injustement le héros, la mort d’un des félins, l’attaque d’un geôlier par un autre lion et le sort qui attend le vilain dans la conclusion, une séquence étonnement mélancolique.

Malheureusement le film souffre d’avoir trop recours aux stock-shots de la version de 1926. Certaines séquences en sont presque exclusivement constituées et cette nouvelle monture ne  prend même pas la peine d’essayer de respecter les vêtements ou l’allure des personnages de l’adaptation muette. D’où un côté bricolé et bancal bien qui handicape le film. De plus, ses stock-shots réduisent fortement la marge de manœuvre du cinéaste qui n’a pas une vaste liberté dans sa réalisation. La mise en scène d’Hathaway est donc très anecdotique et on peut même se demander s’il ne s’agit pas d’un remake plan par plan comme cela a parfois été fait dans les années 30, y compris sur des œuvres prestigieuses.

Woman Obsessed // Jaquette DVD

  • La Ferme des hommes brûlés (Woman obsessed – 1959)

Après avoir perdu son mari dans un violent incendie de forêt, une femme et son jeune fils emploient un ouvrier pour les aider à exploiter leur ferme isolée en montagne. Il s’en suit bientôt un mariage mais ce nouveau mari se montre rapidement brutal envers le garçon, trop sensible à son goût.

Avec un tel sujet, on pouvait s’attendre à un très bon cru venant d‘Henry Hathaway. En effet, sa filmographie regorge de titre sur le thème l’affiliation père-fils ou sur des hommes dont l’enfance a connu un traumatisme. Malheureusement, La ferme des hommes brûlés est terriblement bancal avec des maladresses grossières. En fait, tous les défauts et qualités du film sont résumés dans l’introduction où le garçon s’échappe de la maison au premiers rayons de soleil pour aller passer sa journée dans la forêt au contact des animaux et de la nature. La photographie est soignée, les couleurs sont harmonieuses, le sens du cinémascope est élégant… on sent une certaine délicatesse dans la mise en scène mais les inserts des animaux regardant le bambin sont très mal intégrés, avec une certaine insistance inutile. Le reste de cette œuvre est de cet acabit : on a l’impression que les thématiques sont simplement plaqués sans chercher à créer de la cohérence ou une progression dramatique. La psychologie se fait par à coups, sans finesse et certaines explications sont données tardivement de façon très artificiel pour nuancer notre regard. Mais c’est trop tard, on a déjà pris en grippe les personnages masculins qui ne sont que de simples pantins.

On préfère largement quand Hathaway choisit l’affrontement direct et une vraie violence (la mort d’une biche, un affrontement violent dans un magasin ou l’enfant menaçant d’une fourche son beau-père)

Les 3 lanciers du Bengale // Affiche

  • Les Trois lanciers du Bengale (The Lives of bengal lancers – 1935)


Trois jeunes officiers sont envoyés dans une garnison près d’une zone frontalière où des rebelles créent souvent des incidents. Parmi ces jeunes hommes, se trouve le fils du responsable du camp, un militaire autoritaire et intransigeant.

Même si sa réputation de chef d’œuvre du cinéma d’aventures épique est un peu surfaite, on tient tout de même là un fleuron du genre. Le film est moins spectaculaire que ce qu’on pourrait attendre mais il tient formidablement bien le poids des ans grâce à un dosage idéal entre comédie, une certaine fantaisie, des pointes d’émotion, un soupçon de sadisme, une vraie fraîcheur et quelques morceaux de bravoures. La grande qualité est que, malgré tous ces ingrédients, la caractérisation des personnages est toujours cohérente. Les personnages évoluent légèrement tout en restant eux-mêmes et à leur nature. Le trio se complète et se répond parfaitement, grâce à la réalisation de Hathaway toujours fluide et naturelle, autant à l’aise quand elle s’amuse (la flûte « cornemuse » qui attire un serpent), s’attendrit (la gêne du major à parler de son fils) ou qu’elle se fait plus efficace (le final explosif).

Un vraie divertissement haut de gamme dont on oublierait presque les rares lacunes (certains raccourcis dans le scénario comme le personnage féminin qui disparaît tout simplement du récit).

14 Heures // Jaquette DVD

  • 14 heures (Fourteen Hours – 1951)

Lors de sa ronde matinale, un agent de la circulation aperçoit un homme sur la corniche du 15ème étage d’un hôtel en plein centre-ville. Il tente de convaincre cet homme bouleversé de ne pas se suicider alors que la police, des psychologues et des journalistes commencent à affluer. La vie du quartier s’arrête pour observer et attendre l’issue de cette situation.

Tenir un film entier sur un la corniche d’un appartement n’était pas un pari évident mais Hathaway s’en sort haut la main grâce à une mise en scène habile et précise qui jongle entre le bord de la fenêtre, la chambre d’hôtel et la population dans la rue qui observe tout ça entre voyeurisme, curiosité voire introspection ; l’occasion par exemple pour des chauffeurs de taxi de se livrer à un pari sur l’heure du suicide, pour deux jeunes employés de bureaux de faire connaissance ou pour un couple en instance de divorce de se redonner une chance (la femme est jouée par Grace Kelly pour son premier rôle au cinéma). Par très envahissantes, ces sous-intrigues permettent de dynamiser un récit qui tournerait trop rapidement en rond et d’apporter des contre-points par moment ironiques.

Le récit est bien construit même si on peut regretter que les séquences « chocs » reposent sur des artifices vraiment grossiers qui tiennent du Deux Ex Machina (la double interruption d’un prêtre envahissant, un enfant sautant d’un camion qui enclenche des gros projecteurs lumineux).

Mais heureusement la progression dramatique est rigoureuse et surtout les auteurs prennent le choix de ne pas expliquer clairement les raisons qui poussent cet homme au désespoir. On sait qu’il a eu une jeunesse difficile (figure récurrente du cinéaste) avec un père absent et une mère étouffante mais on ne sera sûr de rien. D’ailleurs, l’explication que donne le psychologue à un moment laisse plutôt perplexe le personnage du policier joué par l’excellent Paul Douglas. De tout façon, l’intérêt du film n’est pas dans la description d’un névrose ou d’un traumatisme mais dans l’exploitation de cette situation.

Le film connaît forcément quelques légères baisses de rythme mais dans l’ensemble, c’est prenant du début (une saisissante mise en place muette) à la fin, avec cette approche réaliste de la mise en scène qui caractérise les meilleurs films d’Hathaway. Techniquement, c’est très réussi avec des rétro-projections discrètes.

A noter que la Cinémathèque a diffusé en « bonus » la fin alternative radicalement différente de celle gardée au montage. Un joli cadeau puisque cette deuxième fin n’est pas présente sur le DVD américain.

la Ruée fantastique // Affiche

  • La Ruée fantastique (The Thundering Herd – 1933)

Des chasseurs de bisons qui vivent de la vente de leurs peaux doivent faire face à un voleur de convois dont les hommes se font passer pour des indiens.

Avant-dernier des westerns de série des Zane Grey (et troisième que nous découvrons) et c’est une nouvelle fois un excellent film de série B. Cette fois, le scénario est bien plus original avec une vision assez juste et réaliste sur la vision de l’ouest. Ainsi, les cartons d’introduction nous indiquent que les massacres des bisons par les blancs ont fortement précarisé la situation des indiens. Et donc ces mêmes blancs n’hésitent pas à désigner ces peuples comme les parfaits coupables à leurs méfaits.

On sent qu’il y a ici une recherche d’un certain réalisme dans la description du quotidien de ces trappeurs : les peaux à faire sécher, les voleurs qui profitent de la situation, la revente, leurs vêtements, affronter la neige, etc… Par contre, le scénario est assez mal construit en jonglant d’une sous-intrigue à l’autre de manière trop brouillonne. On dirait presque que la charge finale des indiens est là pour rallonger le film et apporter de l’action en plus. Mais son intégration au récit n’est pas très fine.

Pour une fois les emprunts de stock-shots issus d’une précédente production datant de 1926 sont assez bien gérés et il y a plusieurs moments où l’on ne sait pas faire la différence. Cela dit, ça peut venir de la copie de piètre qualité projeté à la Cinémathèque (le DVD Bach films en réalité !).

Une fois encore, la réalisation de Hathaway effectue des miracles avec pas grand chose. Surtout l’ouverture qui fait preuve d’un sens du mouvement tout simplement éblouissant. On y suit une conversation entre Randolph Scott et son comparse dans un attelage lancé à toute allure (caméra embarquée sur le chariot). Le bruit des sabots frappant le sol est tellement assourdissant que les acteurs doivent presque crier pour s’entendre. Et si la sensation de vitesse n’était pas suffisante, les personnages (y compris féminin) passe leur temps à sauter (ou monter) du véhicule roulant à une vitesse folle. C’est vraiment saisissant et on pense même au dynamisme d’un Raoul Walsh.

La suite ne sera pas de ce niveau mais reste tout à fait divertissante même s’il semble que la majeure partie des scènes d’action viennent de la version muette. Finalement, Hathaway offre tout de même de bons moments comme la scène surprenante de la mort du vilain, à la tonalité désabusée.

La Marine est dans le lac // Affiche

  • La marine est dans le lac (You’re in the navy now – 1951)

Un ingénieur est nommé officier pour diriger un navire expérimental encore en phase de test. Son équipage est presque uniquement composé de civils qui ne sont jamais montés sur un navire.

Une très plaisante comédie qui détourne un certain nombre de clichés du film de marins (sans parler des films de propagandes militaristes). Ainsi, le second de Gary Cooper, le seul militaire de carrière sur le bateau, est désespéré de voir que ses matelots profitent de leur permission pour aller acheter des magasines et des glaces plutôt au lieu d’aller courir les filles ou de se bagarrer dans des tavernes mal famées !

Évidement vu l’approche du scénario, la mise en scène d’Hathaway est en retrait mais elle demeure toujours d’une impeccable fluidité avec un bon timing, un sens du rythme sans faille et une excellente direction d’acteurs. Comme le film ne vise pas la comédie troupière non plus, on ne rit pas aux éclats mais on garde un sourire aux lèvres durant toute la projection. Et la séquence finale qui voit le test effectué en présence d’un haut gradé est vraiment délirante à souhait.

Mine de rien, le film n’est pas si impersonnel que ça puisqu’il s’inscrit dans une lignée de titres ayant rapport avec la mer comme Spawn of the North, Souls a sea et le merveilleux et délicat Down to the sea in ships. Et Hathaway est loin de bâcler le travail avec son tournage le plus souvent « on location« .

Wings and a prayer // Affiche

  • Le Porte-avion X (Wing and a prayer – 1944)

Après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, les autorités militaires américaines établissent un plan pour contre-attaquer. Ils veulent faire croire que leur flotte est désorganisée et sont donc des proies faciles. Ils envoient donc un sous-marin isolé servir d’appât dont la mission est de fuir dès le contact avec les japonais. L’équipage n’est bien sûr pas au courant de la finalité de leurs « actions ».

Antithèse total de La marine est dans le lac, Wing and a prayer (titre autrement plus original que son portage français) est un film de guerre grave, mélancolique voire dramatique qui ne cherche jamais à glorifier l’engagement américain ou à donner une image romantique de l’héroïsme. C’est un film très réaliste et cru, prosaïque pour reprendre l’expression de Jean-François Rauger.

Difficile de lui donner tort quand on voit la séquence où une rafale ennemie vient abattre deux hommes qui essayaient de s’extirper de leur avion, échoué en mer. L’ouverture donnait déjà le ton : un pilote se pose sur un porte-avion en dépit d’un ordre contraire à cause de sa trop grande vitesse. Lors du débriefing qui suit, le commandant du vaisseau demande simplement qu’on leur lise l’avis de décès d’un technicien « pratiquement coupé en deux par l’hélice » d’un avion arrivé trop vite sur la piste d’atterrissage. D’autres séquences détonnent ainsi dans ce qu’on attend du genre comme ce chant presque élégiaque qui accompagne la préparation d’un envol. D’ailleurs, hormis cet instant, la musique est absente de la plupart des séquences, à commencer par les scènes guerrières.

L’ensemble du film ne sortira pas de cette volonté de primer le réalisme et l’authenticité. D’ailleurs, Hathaway passa plusieurs semaines à bord d’un véritable porte-avion pour en tirer de nombreux plans et y filmer plusieurs séquences. Il en ressort un style brut, loin de toute impression glamour. Le film déroule ainsi des sentiments allant de l’amertume à la déception, la frustration ou encore l’impuissance, sans oublier le poids des responsabilités.

Le cinéaste reste fidèle à cette approche dans la psychologie des personnages qui tranche avec les clichés du genre. On pense ainsi au pilote qui passe pour un héros pour avoir descendu trois avions japonais mais qui est intérieurement terrifié à l’idée de remonter dans un avion. Hathaway a de plus souvent l’intelligence de l’évoquer non par les dialogues mais par la mise en scène, d’où un sentiment plus oppressant et tendu.

Le résultat prend totalement au dépourvu devant ce titre souvent surprenant et imprévisible, pour à chaque fois pour plus d’impact. On est ainsi soufflé par l’audace de ne pas montrer la deuxième partie de la bataille finale (la véritable bataille aérienne) mais de faire seulement entendre leurs transmissions radios entendus par le personnel resté sur le porte-avion. Un grand moment de puissance dramatique qui se pose la question du point de vue et qui fut rarement aussi bien exploité.

Le seul reproche qu’on pourrait formuler serait la volonté de vouloir intégrer les acteurs du films dans des vraies images de la bataille de Midway avec des incrustations de bien piètre qualité, nuisant dans cette recherche de réalisme. Mais sans doute cela a-t-il été imposé par le studio qui, effrayé par le ton pessimiste du scénario, changea la fin pour ne pas le rendre trop désespéré et démoralisant. Les producteurs demandèrent donc à ce que plus de pilotes survivent au raid, alors que le scénario tenait à rester fidèle aux faits historiques où seul un avion avait pu revenir.

Cette approche, cette tonalité, cette honnêteté en font un film assez à part en sachant que le conflit n’était pas encore terminé lors de sa sortie, même s’il n’était pas le seul ni même le premier à tourner le dos au patriotisme belliqueux et souriant (pensons au méconnu Guadalcanal de Lewis Seiler ou l’âpre Bataan de Tay Garnett, datant tous les deux de 1943).

Ten gentlemen from West point // Affiche

  • Ten Gentlemen from West point (1942)

Le congrès américain décide de reformer West Point afin de former la future élite des officiers de la nation. Nombreux sont ceux pourtant qui s’y opposent, ne croyant pas à l’utilité de cette instruction. L’un deux est justement chargé de l’Ecole et fait tout pour décourager les élèves.

Un film plus qu’anecdotique dans la filmographie du cinéaste. Contrairement à d’habitude, l’aspect historique n’inspire pas le cinéaste qui n’a pas l’air de savoir quelle direction donner à ce projet qui souffre de ne pas réussir à lier les différents registres. Contrairement aux Trois lanciers du Bengale, la comédie ne fonctionne pas (voir la séquence assez gênante de cadets se déguisant en filles pour donner une leçon à leurs supérieurs), la dimension historique est plus que maladroite et mal exploitée, l’interprétation générale est sans éclat et surtout les personnages ne passionnent guère. Sans être ennuyeux ou honteux, ce projet ne décolle jamais et ne crée qu’un ennui poli. Même le final est assez décevant à cause d’un manque d’ampleur flagrant.

Quelques moments viennent tout de même ponctuellement relever le niveau, comme l’espèce de hockey sur gazon sans règle ni éthique, tiré d’un jeu traditionnel indien (encore que l’humour soit peu subtil) et quelques échanges croustillants avec le personnage féminin (signé par Ben Hecht ?).

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